Mardi 27 octobre 2009

 

 

 




--) "Si j'étais président"... Non, personne pour prendre la place de Gérard Lenorman. Des pistes. Juste des pistes.


* Questions économiques

-
déchéance de la nationalité française des exilés fiscaux

        L'exemple médiatique de Johnny Hallyday est emblématique du choix fait par certains de quitter la France car ils trouvent qu'ils paient trop d'impôt. Peu importe que cet argent ait été gagné grâce à leur travail, mais aussi et surtout grâce aux Français. Peu importe qu'ils utilisent les infrastructures publiques financées grâce à l'impôt (santé, routes, police, justice...). Soit. Eh bien dans ce cas, ils devraient être déchus de leur nationalité. Etre Français, ce n'est pas seulement un papier, un confort dans lequel on se replonge quand les cieux ailleurs deviennent plus sombres (tous ces jeunes Français partis à Londres et qui reviennent en France pour jouir du bénéfice du système de protection sociale). Etre Français, ce sont des droits et des devoirs. Parmi ces derniers, il y a le fait de contribuer par l'impôt au bien public.

        De deux choses l'une: ou bien on est Français, et on accepte de payer ses impôts en France, le cas échéant en votant pour des gens qui promettent de les baisser. Mais on ne va pas peupler Gstaad ou Bruxelles pour ensuite donner des leçons aux classes moyennes qui, elles, sont les véritables vaches à lait d'un système fiscal inéquitable, qui profite largement aux plus aisés d'entre nous. Et passons sur l'argument qui voudrat que les exilés fiscaux reviennent... L'attractivité de la France est peu affectée par la domiciliation fiscale de Charles Aznavour de l'autre côté du lac Léman. La France attire les investisseurs étrangers pour autre chose que sa fiscalité. Si ses propres citoyens préfèrent leur égoïsme à la solidarité nationale, c'est leur choix, quelque opinion que l'on porte sur ce choix. Mais dans ce cas, qu'ils soient déchus de leur statut de citoyen Français. On verra si, avec cette menace, ils ne choisiront pas majoritairement d'être domiciliés fiscalement en France...

-
lutte volontariste contre la fraude fiscale

        Dans le sillage de la crise actuelle, le G 20 s'est emparé du sujet de l'évasion fiscale. Rien qu'en France, la fraude est évaluée à près de 50 milliards d'euros de manque à gagner pour les finances publiques ! Trois propositions simples:

* une mobilisation de l'administration fiscale sur ce type de fraude, plutôt que de savoir si tel contribuable cache chez lui un faux Renoir (même si c'est très mal)

* la dénonciation des accords bilatéraux signés par la France avec certains "paradis fiscaux" (Monaco, Suisse...) si ces pays ne s'engagent pas à lutter véritablement contre ce fléau

* l'interdiction aux agences de notations de noter les actifs financiers en provenance des places offshore (Gibraltar, Iles Caïman...), avec un contrôle strict des activités des banques françaises dans ces pays et de lourdes amendes si des méfaits devaient être prouvés

-
suppression progressive de toutes les cotisations sociales

        Le système Français de protection sociale est historiquement fondé sur un financement assis sur des cotisations que paient employeurs et salariés. Ces cotisations alourdissent la masse salariale des chefs d'entreprise, elles diminuent le salaire des employés et constitiuent un handicap en termes de compétitivité internationale dans une économie mondialisée. Les évolutions récentes, dont la création de la CSG, qui permet de faire contribuer certains revenus du patrimoine qui ne contribuaient pas auparavant, est une première avancée vers la fiscalisation du financement de la protection sociale.

        Afin de maintenir et améliorer un haut niveau de protection sociale, son financement doit être pérenne et efficace. En suivant l'exemple des pays scandinaves, deux pistes sont possibles: d'une part, taxation de la consommation, mais de manière différenciée selon le revenu pour que le système soit équitable (est-il juste que tout le monde paie l'essence ou les biens de première nécessité au même prix ?) ; d'autre part, afin de traduire concrètement les exigences du développement durable, non pas une taxe carbone inefficace et injuste, mais une véritable fiscalité écologique dans tous les domaines (automobile, industrie, isolation...), dont une partie des surplus pourrait servir à compenser la fin des cotisations sociales.

-
objectif de division par deux du budget de la Défense

        L'existence d'une armée française est une nécessité si l'on souhaite que la France conserve une place dans le concert des nations. Pour autant, les 32 milliards d'euros du budget 2009 sont excessifs au regard des sommes consacrés à d'autres postes budgétaires, qui mériteraient un coup de pouce financier (recherche, social...). Comment ?

        Tout d'abord, en mutualisant au maximum au niveau européen les équipements militaires, avec les Britanniques notamment. Surtout, à terme, avec la constitution d'un véritable contingent européen dans le cadre de la PESC et de la PESD (il faut continuer à essayer de convaincre nos partenaires non otanisés). Les nécessités budgétaires nationales en matière de défense diminueraient corrélativement. C'est un choix politique: non pas mettre à genou un ministère où, sur le terrain, il y a parfois des difficultés à joindre les deux bouts. Mais éviter les gaspillages (les cuves de carburant vidées n'en sont qu'un exemple), favoriser la mutualisation européenne (un autre porte-avions est-il bien nécessaire ?), et tenir l'objectif de moyen terme de division par deux du budget. La moitié des fruits de cette diminution pourrait être utilisée pour le désendettement de l'Etat.

-
constitution d'un grand pôle bancaire public

        La crise économique et les difficultés des entreprises comme des particuliers à se financer auprès du système de crédit le montrent: des banques auto-régulées par leur seule recherche du profit à court terme conduisent à de graves dérèglements économiques, ou en tout cas les amplifient. Un secteur privé bancaire a toute sa place mais un pôle bancaire public est également une nécessité.

        Ainsi, aux côtés des banques d'investissement privées, qui auraient pour fonction de s'occuper des actifs sur les marchés financiers, un pôle bancaire public constituerait l'interlocuteur privilégié du système de crédit. L'auto-régulation est un échec coûteux, la puissance publique régulatrice se doit de ce fait d'assurer aux entreprises et aux particuliers un accès au crédit non seulement réel, mais également à des taux raisonnables et non prohibitifs comme c'est le cas actuellement. Des nationalisations, temporaires ou non, ont eu lieu ailleurs. La France serait bien inspirée de suivre cet exemple.



* Questions de société

-
abrogation des franchises médicales et taxation des stock options

        La question des franchises médicales n'est pas une question financière, liée au déficit de la Sécurité Sociale. C'est un choix de société: ou bien l'objectif est d'atteindre un mieux disant, même en période de baisse des recettes ; ou bien on opte pour un nivellement par le bas et les franchises médicales en sont un outil. On ne peut se résoudre au fait qu'un Français sur sept déclare ne pas se soigner pour des raisons financières. En dépit de la CMU, le fait de ne pas rembourser une partie des sommes engagées par l'assuré social ne fait qu'amplifier des inégalités préexistantes.

        Vous avez dit déficit ? Pourquoi ne pas imaginer, en plus d'une gestion rigoureuse des dépenses, de nouvelles recettes ? Pourquoi les stock options ne contribueraient-ils pas à cet effort collectif de manière significative ? Cette proposition n'a rien de révolutionnaire, elle émane de la très orthodoxe Cour des Comptes, qui estime que les revenus tirés des stocks options devraient contribuer fiscalement au comblement du "trou de la Sécu". 

-
remboursement intégral des frais dentaires et ophtalmologiques

        Toujours sur ces questions de santé, tout le monde sait que les frais dentaires et ophtalmologiques sont les charges médicales les moins bien remboursées. Cela concerne en particulier les plus défavorisés, dont un bon nombre ne se soigne pas correctement les dents et les yeux en partie à cause de cette insuffisante prise en charge. Afin de faire de la santé publique une priorité politique et de lutter contre les inégalités d'accès aux soins, les coûts dentaires et ophtalmologiques devraient être entièrement gratuits par remboursement total des frais engagés pour ce type de soin.

        Ce serait très coûteux. Comment financer une telle mesure ? Plusieurs pistes:

* annulation du bouclier fiscal (500 millions par an)

* remise à plat des aides aux entreprises, versées actuellement sans contrepartie (40 milliards)

* division par deux des niches fiscales et sociales (70 milliards d'euros aujourd'hui)

        Non, la France n'est pas en faillite. Au-delà des déficits actuels et à venir préoccupants, creusés par un pouvoir qui ne sait pas gérer les finances publiques, si l'on veut trouver de l'argent sans s'endetter, on en trouve. La preuve, si l'on veut bien s'attaquer à certains privilèges ou avantages que rien ne justifie sinon le clientélisme et la démagogie.


-
division par deux du nombre de détenus dans les prisons françaises

        La situation actuelle de nos prisons est une honte. Honte pour un pays qui se prétend être celui des droits de l'Homme. Honte pour un pays qui affirme défendre la dignité humaine. Honte pour un pays qui pense que l'enfermement est le seul horizon de sanction d'actes condamnés par le droit. Pas d'angélisme en la matière: la prison n'est pas uniquement peuplée de voleurs de poules mais également de trafiquants de drogue, de meurtiers et de violeurs.

        Pour autant, rien n'autorise de transiger avec des principes. La surpopulation carcérale (64 000 détenus), conséquence directe d'une politique pénale non seulement ultra-répressive mais surtout inefficace (la délinquance continue d'augmenter), est une atteinte aux droits humains. Au-delà de l'indignation du citoyen, quelles réponses politiques ?

* La recherche par tous les moyens d'éviter la prison quand cela n'est ni utile ni nécessaire (travaux d'intérêt général, privation des droits civiques et/ou sociaux...). Le nombre de détentions provisoires est trop élevé et le nombre de remises de peine trop bas. Sauf pour les crimes sexuels, la sortie préparée, anticipée et sous surveillance est le meilleur atout à la fois vers la reconversion du détenu qui a payé sa dette à la société, et l'assurance la plus fiable statistiquement d'une absence de récidive.

* En conséquence, s'il faut améliorer l'état lamentable des prisons actuelles, il ne faut en aucun cas construire des places supplémentaires. L'exemple que nous voulons suivre est-il celui des Etats-Unis, pays qui régule le corps social en enfermant dans ses prisons un nombre croissant de citoyens ? Quand un délit ou un crime est perpétré, il doit être condamné avec la fermeté nécessaire. Ce n'est pas par une surenchère absurde (les peines planchers) ou un manque de moyens coupable (insuffisant nombre de bracelets électronique, de psychiatres et de personnel pénitentiaire) que la société pourra se protéger. La prévention est utile, l'accompagnement pendant et après la prison est une nécessité. Le bourrage de crâne répressif est non seulement détestable du point de vue des principes, mais également improductif dans la réalité. Il faudrait relire Victor Hugo: la peine de mort a-t-elle dissuadé des délinquants et des criminels de commettre des actes inacceptables ?



* Questions institutionnelles

- droit de vote des étrangers aux élections locales

        C'était une promesse de la gauche en... 1981 ! Et depuis, notamment à cause d'un Sénat hostile, cette réforme n'est pas passée. Comment justifier qu'un letton en France depuis 5 ans puisse voter aux Européennes alors qu'un Tunisien en France depuis 30 ans soit privé de ce droit pour les élections municipales ? Pour les scrutins nationaux, il me semble que la nationalité doit rester un préalable, de nombreux immigrés étant naturalisés et peuvent de ce fait voter. Mais à échelon local, rien ne justifie qu'un traitement discriminatoire demeure appliqué aux étrangers.

- parité réellement obligatoire lors de toutes les élections

        Grâce à la gauche en 1999, la parité est enfin inscrite dans la Constitution. Les partis ont obligation de présenter autant de femmes que d'hommes lors des scrutins de liste. Tout va bien dans le meilleur des mondes ? Non: ni le gouvernement, ni l'Assemblée, ni le Sénat ne sont paritaires et la France se place parmi les pays européens les plus en retard en la matière. Plusieurs remèdes:

* dans un premier temps, alourdir les amendes si la parité n'est pas respectée

* dans un second temps, si elle n'est toujours pas respectée, d'abord le non versement de la subvention publique de financement du parti. Puis l'interdiction de se présenter au scrutin suivant. Si on veut que les choses bougent, le volontarisme ne suffit pas et des règles radicales doivent être édictées.


- suppression du Sénat

        Lionel Jospin avait qualifié le Sénat "d'anomalie". Le terme est pertinent: toutes les démocraties n'ont pas deux chambres, et dans les pays où elles existent, le rapport entre chambre basse et chambre haute est bien différent. Le Sénat est censé représenter les collectivités territoriales... mais sur-représente les territoires ruraux ! Il est censé témoigner de l'évolution politique du pays... mais il n'a jamais été à gauche, même en 1981 et 1997 ! Il est censé apporter une réelle plus-value au travail parlementaire, ce qui est réel dans certains cas... mais à quel prix, un budget de 320 millions d'euros par an, qui pourrait utilement être utilisé ailleurs. Hormis l'hospice doré qu'il procure à sa faune, la nécessité du Sénat est contestable. Le supprimer et donner à l'Assemblée un véritable rôle de co-législateur avec le gouvernement renforcerait la démocratie et mettrait fin à un archaïsme coûteux et inutile.

-
proportionnelle au Parlement, avec prime aux deux partis arrivés en tête

        Le scrutin actuel des législatives possède un avantage certain et un défaut inacceptable: avantage certain, il permet de dégager des majorités gouvernables et pas un exécutif toujours sous la crainte d'être renversé comme sous la IVème République. Défaut inacceptable, le scrutin actuel fait que l'Assemblée ne représente pas la diversité des opinions. Même si je ne partage pas leurs idées, il est anormal que le NPA ou le FN soient absents de l'Assemblé car ils représentent un certain nombre de citoyens. Une solution ? Le même type de logique qu'aux municipales, un scrutin à dominante majoritaire, qui permet de dégager un Parlement gouvernable, mais avec une dose suffisante de proportionnelle de manière à ce que toutes les formations politiques significatives (NPA / PCF / PS / Verts / MoDem / NC / UMP / FN) puissent y être présents. On appelle comment le Parlement ? Ah oui, la "représentation nationale"...

-
 obligation de voter à toutes les élections

        Non, non, ce n'est pas une atteinte à la liberté individuelle que d'obliger les citoyens à faire leur devoir civique. Ca existe notamment chez nos voisins belges. Si on ne vote pas, on paie une amende, ce qui est souvent dissuasif quand on préfère aller à la pêche... Plus fondamentalement, comment peut-on se satisfaire des taux actuels de l'abstention et de la profondeur du malaise démocratique dont ils témoignent ? Comment peut-on considérer qu'un scrutin ou à peine la moitié du corps électoral a voté est légitime et représentatif ? Bien sûr, l'obligation de voter n'est pas une panacée et les causes de l'abstention multiples et profondes. Mais au-delà de l'absentionnisme militant, sans doute le fait d'assortir le non respect de cette obligation d'une amende prgressive selon les revenus pourrait-il permettre de ramener aux urnes des je-m'en-foutistes ou des négligents... souvent les mêmes qui, après les élections, se plaignent des résultats ! Qu'ils votent pour que ça change !


        
* Questions internationales

- fusion des sièges des pays européens dans les institutions internationales, à l'exception de l'ONU


        La mondialisation et la régionalisation sont deux réalités contemporaines, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore. Pour que la France et l'Europe puissent peser face aux puissances d'hier et d'aujourd'hui (Etats-Unis), d'aujourd'hui et de demain (Chine et Inde en particulier), chaque pays ne peut faire cavalier seul. Pour faire entendre sa voix, 500 millions de personnes pèsent plus que 65 millions. C'est pourquoi non seulement à l'OMC, mais aussi au FMI, à la Banque Mondiale et dans toutes les institutions internationales, les pays européens doivent n'être véritablement représentés que par une seule personnalité, qu'elle soit Française, Allemande, Italienne ou Espagnole. L'union fait la force et le réalisme impose ce choix peut-être douloureux pour certaines nations à l'héritage glorieux.

        Seule exception, l'ONU. Pourquoi ? Parce que sur ces questions diplomatiques, au Conseil de Sécurité (qui doit être élargi au Japon, au Brésil, à un pays africain et peut-être à d'autres), il faut un contrepoids occidental à l'hyperpuissance américaine. La Chine et la Russie ont leur voix, mais ce n'est pas celle de l'Europe. La Grande-Bretagne a la sienne, mais ce n'est pas celle de la France. Parce qu'en Amérique du Sud, en Afrique, dans le Monde Arabe et spécialement au Proche-Orient, la voix de la France n'est pas celle d'un pays occidental lambda, la France doit conserver un siège qui lui est propre. Non pas le vestige d'une puissance passée, mais le levier d'un volontarisme actuel contre la fracture Nord-Sud et l'outil d'une action future pour l'entente des civilisations.


-
institutionnalisation de l'Union Pour la Méditerranée

        Tiens, une bonne idée sarkozyste ! Alors il faut la soutenir et lui donner un nouvel élan. Aujourd'hui, l'UPM, malgré ses projets en cours, peine à mobiliser les pays du pourtour méditeranéen et souffre des conflits irrésolus (Israël/Palestine, Algérie/Maroc, Turquie/Grèce, Chypre...). Pourquoi ne pas imaginer une institutionnalisation de la structure sur le modèle de l'UE ? Et, à long terme, des institutions ? Parce que la Méditerranée est le berceau de l'Europe, parce qu'elle a vu naître les trois religions monothéistes, parce que la culture mondiale doit beaucoup à cette aire géographique, l'UPM ne peut péricliter à cause de guerres interminables et d'attentisme politique coupable. Il en va de la crédibilité de l'Europe et du développement de la rive sud de la Méditerranée.

-
rupture des relations diplomatiques avec Israël et embargo économique

        42 ans après les résolutions de l'ONU qui l'enjoignent de quitter les territoires occupés de Palestine, Israël poursuit la colonisation des territoires palestiniens et commet des crimes de guerre (rapport  Gladstone des Nations Unies). Que faire ? Continuer à psalmodier la seule solution viable de deux Etats ? Inutile face à l'entêtement criminel des faucons de Tel Aviv.. Faire pression pour arrêter la colonisation, comme le fait l'administration Obama ? C'est utile, mais insuffisant. Face à l'intégrisme du gouvernement Netanyahou et de son ministre des affaires étrangères Lieberman, la France, dont on connaît la position équilibrée sur ce sujet par rapport à la position traditionnellement partiale des Etats-Unis, devrait rompre toute relation diplomatique avec l'Etat hébreu tant que le statu quo prévaut sur le terrain.

        Cette initiative diplomatique pourrait utilement être accompagnée d'un embargo économique, auxquels pourraient notamment se joindre l'Espagne, la Grèce et les pays arabes dits "modérés", qui empêcherait les importations et les exportations avec Israël. Certes, des embargos par le passé se sont révélés inefficaces (Cuba, Irak...). pour autant, il est trop facile de se défausser à bon compte du sort des populations palestiniennes et israéliennes sur leurs gouvernants pleutres ou corrompus. La patrie des droits de l'Homme peut montrer que cette expression n'est pas galvaudée. A quelques kilomètres de l'Union Européenne, leur non-respect et la perpétuation d'un ordre illégal au regard du droit international et de la dignité humaine n'a que beaucoup trop duré.

 

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Jeudi 17 septembre 2009

 

 

 








 

L’irresponsabilité au sommet de l’Etat : comment éteindre l’Hortefeux ?

        "Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes".

            
        Voilà les mots qui font polémique et qui expliquent que de nombreuses personnes réclament la démission du ministre de l’Intérieur, ou tout au moins des excuses publiques. Plusieurs remarques :


        - Par tempérament et du fait des nombreux exemples historiques tragiques ou pathétiques (de Georges Clemenceau à Julien Dray, en passant Roger Salengro, Robert Boulin, Georgina Dufoix, Pierre Bérégovoy ou Roland Dumas), nombreux sont les hallalis médiatiques aux relents nauséabonds qui me font regarder avec méfiance le fait de clouer au pilori telle ou telle personnalité. Faisant peu de cas des personnes, quand la broyeuse médiatique se met en route, rien ne peut l’arrêter. Même quand la réalité est révélée, y compris quand la justice est rendue, les stigmates demeurent : calomniez, calomniez, il en restera toujours quelquechose. C’est pour cela qu’avant d’accabler Hortefeux, qui prétend que les mots incriminés désignent ses compatriotes auvergnats, il faut juger sur pièce et non pas d’après la loghorée médiacratique bien pensante.

        - Cependant, à la vision de la vidéo dans sa totalité, et non pas tronquée comme l’a diffusée la chaîne Public Sénat, le doute n’est plus permis : Brice Hortefeux parle bien des Arabes quand il prononce les deux phrases. Les demandes de démission sont justifiées, d’autres ministres ont démissionné par le passé (ou ont été démissionnés…) pour moins que ça. Tout au moins, des excuses publiques, pour des propos tenus dans une manifestation publique (le campus d’été de l’UMP à Seignosse), sont de nécessité publique. Je suis par ailleurs persuadé que si de tels propos inacceptables avaient concernés d’autres « communautés », comme les Juifs ou les homosexuels, le ministre n’aurait pas eu le choix. Mais quand il s’agit d’Arabes…

        - Plus fondamentalement, au-delà des propos d’Hortefeux, peu de gens ont souligné ce qui me paraît le plus grave dans cette vidéo : les paroles de la militante UMP à propos du jeune militant. « Il est catholique, il mange du porc et il boit de la bière ». Libre au jeune Amine d’aller à la messe, d’aimer le jambon et de siffler des Heineken. Mais au détour de cette phrase, c’est tout un imaginaire de préjugés et, disons-le, de racisme qui affleure. Un Français musulman, ne mangeant pas de porc et ne buvant pas de bière serait donc trop « différent » pour être Français ? On n’est pas Français par sa religion ou sa nourriture, mais par le droit, les valeurs et le vécu. Le chemin est encore long pour que Mohammed et Mamadou soient considérés par tous comme des Français tels que Pierre et Paul…


        - Dernier point, les réactions politiques de la majorité : Brice Hortefeux ne serait pas raciste et aurait un humour « particulier ». Tout ceci est peut-être vrai mais ce n’est pas la question. Ces propos sont-ils oui ou non insultants ? Oui. Sont-ils oui ou non dignes du représentant de l’ordre public ? Non. Doivent-ils avoir des conséquences ou marquent-ils un épiphénomène ? A la vue des dérapages précédents du même Hortefeux, sur le même sujet (à l’égard de Fadela Amara et d’Azouz Begag), la première réponse s’impose. Quand des propos controversés de Georges Frêche ont été rendus publics, beaucoup de citoyens de gauche ont demandé des explications et des excuses. Mais là, le sarkozysme, du félon Besson au vicomte De Villiers, fait bloc autour de sa rouquine figure la plus illustre… Vous avez dit rupture ?
 



*  
La responsabilité au-delà de la vérité : une Royal posture de combat

        Comme souvent concernant Ségolène Royal, l’irrationalité et la malhonnêteté intellectuelle sont de mise. En annonçant qu’elle n’engagerait pas d’action en justice contre les présumés fraudeurs du congrès de Reims, ses choix et ses propos n’ont trouvé de grâce qu’aux yeux de bien peu de commentateurs. Pourtant, sa démarche semble intelligente sur le fond et bien choisie sur la forme.

        - Sur le fond, plutôt que d’apparaître comme une mauvaise joueuse qui refuserait d’admettre une hypothétique défaite, elle retourne la situation à son avantage en mettant la pression sur certains membres de l’entourage de Martine Aubry. A eux de faire la preuve qu’ils sont innocents des graves accusations dont ils font l’objet. S’ils en sont coupables, ils doivent être sanctionnés. Certes, il est plus important de bâtir l’avenir que de mettre du sel sur les plaies du passé. Mais rien de solide ne se construit sur des fondations branlantes, c’est pourquoi toute la lumière doit être faite sur ces histoires peu ragoûtantes, surtout quand un scrutin est aussi serré que celui du congrès de Reims. Ce qui n’empêche nullement, bien au contraire, de se battre contre la politique du gouvernement Sarkozy, pardon, Fillon, que ce soit sur la casse de La Poste ou de la Sécurité Sociale. Et surtout, cela n’empêche pas de produire un projet d’alternative, répondant aux trois urgences actuelles : économique, sociale et environnementale.


        - Sur la forme, au-delà des railleries quant au design du nouveau site de l’association « Désirs d’Avenir », la démarche est bien pensée et déroulée de façon stratégiquement bien enchaînée. Le timing, après les universités d’été de La Rochelle, après la sortie du livre accusateur mais avant que la démarche des primaires ne soit véritablement lancée par le vote des militants à la fin du mois de septembre, semble adéquat. Les moyens utilisés, à la fois ses soutiens les plus fidèles, Désirs d’Avenir, et un public le plus large possible, celui du 20 heures de TF1, paraissent également bien choisis. Ainsi, Ségolène Royal permet de renforcer sa base militante et de faire passer son message à un nombre de citoyens aussi important que celui des téléspectateurs de Laurence Ferrari.


        - Au-delà des habituels commentaires tour à tour méprisants et lénifiants la concernant, de la part du sarkozysme médiatique ambiant mais pas seulement, sur le fond comme sur la forme, la riposte Royal paraît appropriée. Désormais, c’est au service d’un PS enfin véritablement rénové que son action doit être dirigée. Sur le plan personnel, son action à la tête de la région Poitou-Charentes et l’envergure liée à sa position nationale plaident pour donner toute son importance à un rôle politique de premier plan. Sur le plan collectif, la réflexion au service de la gauche et l’engagement au service du PS sont les meilleurs atouts pour que les prochaines échéances électorales aient une issue positive. Afin qu'enfin, les conditions d’une victoire contre Sarkozy en 2012 soient réunies le plus tôt possible. Résistance radicale, action volontariste, propositions crédibles : ensemble, tout devient possible 
J !

 

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander
Mardi 9 juin 2009





















 

Des élections européennes au goût amer

 

Que dire des résultats des élections européennes pour l'ensemble du continent ? Deux mots résument mon sentiment: déception et espoir.

Déception car dans l'ensemble de l'Europe, les gauches sont à la peine (spécialement le PSE, seuls les écologistes sauvent la mise). La droite progresse presque partout (seule l'Espagne résiste, alors que Berlusconi triomphe en Italie et que l'Allemagne demeure bien Merkelisée). Au moment même où la crise économique donne toute sa pertinence au crédo de la gauche (régulation et efficacité économique au service de la justice sociale), ce sont les forces conservatrices et libérales, largement responsables des choix qui ont amené à la crise, qui l'emportent partout en Europe.

Mais espoir, le masochisme ayant ses limites, les citoyens européens sauront tôt ou tard je l'espère (le plus tôt possible, s'ils tiennent au modèle social...) faire un autre choix et renvoyer ces résultats à un mauvais souvenir appartenant au passé. Espoir aussi que lors du prochain scrutin, d'autres enjeux seront tranchés: quel horizon politique, fédéralisme ou non (pour moi, c'est non) ? Quelle politique internationale, Europe puissance ou non (pour moi, c'est oui) ? Etc

Déception car l'abstention record, pour un scrutin pourtant déterminant dans la vie quotidienne de chacun, témoigne à la fois du scepticisme européen et de l'incapacité à mobiliser sur un enjeu pourtant crucial. Le rôle des médias est important: désintérêt pour l'Europe. Le rôle des politiques également: incapables de mobiliser l'électorat. Parce que la politique européenne a eu jusqu'à présent des incidences positives (fonds structurels, PAC, euro...), les peuples devraient être moins ingrats. Parce que la politique européenne a eu des implications négatives (libéralisation débridée, moins disant social, logique fédéraliste sans prise en compte des votes des citoyens...), les peuples devraient se saisir de leur bulletin pour réorienter la construction européenne vers une Europe plus juste.

Mais espoir car cela montre que ceux qui seront capables de mobiliser les abstentionnistes (les jeunes: 80% ! Mais également les classes moyennes et populaires) auront la possibilité de dessiner un autre avenir pour une Europe plus fraternelle et équitable.


Une fois un bilan européen dressé, quels enseignements peut-on tirer d'un point de vue national ?

- l'UMP est arrivée en tête. Et après ? 28%, c'est trois points de moins que le score de Sarkozy au premier tour des présidentielles de 2007, et beaucoup moins que les autres droites européennes. Alors que ce parti a laminé le reste de la droite (mis à part Libertas), la performance n'a rien d'un succès: dans un scrutin à deux tours, il ne dispose pas d'un réservoir de voix suffisant pour rester majoritaire. Certes, c'est un score plus qu'honorable pour une majorité en place depuis deux ans et qui fait face à une crise économique majeure. Mais ses zélés porte-paroles aux cheveux longs feraient mieux de ne pas oublier que rassembler le quart des votants quand on a derrière soi la quasi-totalité des institutions nationales (le total de la gauche atteint plus de 45%), ça n'a rien d'un triomphe. De plus, l'électorat de droite vote, contrairement à l'électorat de gauche qui, en moyenne et particulièrement lors de ces éléctions européennes, s'abstient plus. Donc un peu d'humilité et de lucidité sur la réalité des résultats...

- le PS est la seconde force politique, mais avec un score décevant d'à peine plus de 16%. Quand on souhaite représenter la force d'alternance à la droite, on ne peut qu'être déçu d'un tel score. Comment peut-on l'expliquer ? La personne de Martine Aubry n'est pas en cause, elle assume son rôle de première secrétaire du mieux qu'elle le peut. Ségolène Royal non plus, qui se comporte en opposante ferme à Sarkozy et sur qui le PS peut compter quand il faut afficher l'unité face à la droite. Sans doute un parti qui, collectivement, a perdu sa boussole alors que sa ligne est précisément celle qui peut sortir l'Europe de l'ornière. Tirant les leçons de l'échec du blairisme et de la troisième voie, évitant les reniements d'autres partis sociaux-démocrates européens tout en renonçant à brader son réformisme radical face aux partis situés sur sa gauche, la ligne devrait pourtant convaincre, au moins 20 à 25% des votants. Tel n'a pas été le cas. Je ne crois pas à la faillite de l'antisarkozysme. Ce n'est pas là une posture mais une conviction: quand on est contre le bouclier fiscal, contre la politique du chiffre dans le domaine de la sécurité (alors que l'insécurité augmente), quand on ne partage pas l'approche de la politique de l'immigration, quand on n'est pas d'accord avec la politique étrangère, que faire sinon s'opposer ? Ca s'appelle le jeu de la démocratie. En revanche, sans doute les listes d'Europe Ecologie et du Front de Gauche ont elles conquis des électeurs déçus du PS. Sans aucun doute, un nombre non négligeable d'abstentionnistes se situent politiquement proches du PS. Mais au-delà des erreurs de stratégie ou des cicatrices du proche passé, il faut tirer les leçons de cette contre-performance: un parti incapable de mobiliser son électorat et inapte à montrer que ses réponses face à la crise sont à la fois justes et efficaces, c'est un parti qui a encore un long chemin à faire pour redevenir un pôle d'attraction. A cet égard, je pense que la faiblesse de ce score n'est pas bonne pour la gauche dans son ensemble. Les plus radicaux ne doivent pas oublier que, qu'ils soient eux-mêmes faibles ou en position de force, quand le PS est affaibli, c'est toujours la droite qui en ressort gagnante.

Europe écologie talonne le PS et réalise un très bon score. On peut y voir des aspects positifs (prise en compte de l'enjeu du développement durable par un vote citoyen, réserve de voix pour la gauche de gouvernement, vote pour une liste qui a réellement fait une campagne européenne et non nationale...), mais personnellement, je reste sceptique. Quelle cohérence idéologique entre l'altermondialiste Bové, le libéral social Cohn-Bendit et la centriste Eva Joly ? 25% des électeurs ayant voté pour cette liste se disent de droite et 16% d'entre eux ont voté Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle ! Cette plate-forme hétérogène peut paraître séduisante par son thème consensuel mais la démocratie, c'est le clivage et non pas le pseudo accord dans un magma écolo-bobo. Il faut distinguer les déterminants conjoncturels (personnalité des leaders, diffusion du film Home vu par près de 10 millions de téléspectateurs...) de la logique structurelle: l'affirmation d'un socle écologiste mais pour quoi faire ? Si c'est pour se mettre d'accord avec la gauche et le centre pour battre Barroso, OK. Si c'est pour fêter le temps d'une élection un triomphe éphémère, la droite au pouvoir a encore de beaux jours devant elle...

- le Modem atteint un peu plus de 8%, soit la moitié seulement du vote Bayrou à la dernière présidentielle. Cette contre-performance ne me réjouit pas. Je ne partage pas leurs idées mais la famille démocrate-chrétienne hier, centriste aujourd'hui, est une famille respectable qui est au coeur du projet européen et qui a le courage de s'opposer au libéral-conservatisme sans aller à la soupe comme tant d'autres caramels mous. Et comme tout ce qui affaiblit les opposants à Sarkozy renforce le même Nicolas, il n'y a là rien de bon. Sans doute le Modem a-t-il pâti d'une stratégie trop personnalisée et du dérapage de son chef lors des derniers jours de campagne. Sans doute également son positionnement mouvant, alors que sa famille a longtemps gouverné avec la droite, n'est pas compris ou jugé peu crédible. En tous les cas, la médiacratie ferait bien de cesser ses jugements définitifs sur le Modem, bien trop teintés d'auto-satisfaction sarkozyste rentrée. Une défaite est provisoire, et l'avenir dira si la stratégie du Modem de rupture avec la droite et de rapprochement avec le centre-gauche est pertinente sur le fond et payante dans les urnes. 

- le Front de gauche devance le NPA, et totalisent à eux deux 12% des suffrages. La gauche radicale et l'extrême gauche représentent toujours une force conséquente en France. Le pari de Mélenchon et Buffet semble gagnant, même si je ne sais pas si eux-mêmes savent avec qui changer les choses (le PS et/ou le NPA). Quant au parti de Besancenot, il a fait une bonne campagne, essayant de ramener le débat sur les vrais enjeux: l'Europe au prisme de la crise économique et sociale. Même s'il arrange Sarkozy, le PS devrait se réjouir que le mouvement social reste puissant et être plus conscient que jamais du fait que, s'il doit montrer ses convergences et assumer ses désaccords avec la gauche radicale et l'extrême gauche, il ne peut gagner seul et doit entendre le message que véhicule le vote pour ces listes situées sur sa gauche.

- pour le reste, Libertas et le FN sont encore beaucoup trop hauts mais l'OPA sarkozyste est passée par là, ce qui explique en partie leurs scores et la déception des Le Pen et autres de Villiers.

Un sentiment très mitigé donc. Les prochaines élections seront les régionales en 2010. D'ici là, Nicolas Sarkozy aura réglé les problèmes de la France et du monde. Ou pas. Une gauche offensive aura d'ici là émergé, et après le scrutin, les médias titreront sur l'usure du pouvoir sarkozien après 3 ans d'inefficacités économiques et de régressions sociales.

Enfin, j'espère...

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Mercredi 1 avril 2009


























 

 

 

 
























































 

 

 

 

 






































Jeune Afrique
n°2513, retranscription de l'article écrit par Roger Cohen dans le
International Herald Tribune


L'Iran, les Juifs et Israël

"Ainsi, le Jerusalem Post estime que je ne suis pas « le premier Américain à se faire berner par la présence de synagogues dans un régime totalitaire ». Jeffrey Goldberg, de l’Atlantic Monthly, me juge « particulièrement crédule ». Il pense que je me suis laissé abuser par l’hospitalité et l’affabilité iraniennes, qui sont « la marque de la plupart des sociétés musulmanes » (merci pour l’info Jeffrey). Un site Web conservateur, American Thinker, qui veut prouver que son nom est un oxymore, pense que j’aurais même pris pour argent comptant la propagande nazie à propos du camp de Theresienstadt.


Cette indignation est née d’un article sur les juifs iraniens (voir Jeune Afrique n° 2512). J’y écrivais que les 25 000 juifs d’Iran prospèrent dans une relative tranquillité ; que les juifs perses se portent mieux que les juifs arabes ; que l’hostilité à l’égard des juifs en Iran a parfois conduit à fabriquer des charges contre eux ; que, pour les tenants d’une vision caricaturale des « mollahs fous », tout compromis avec l’Iran serait un remake de Munich. Ce dernier point m’a été confirmé par le flot de lettres que j’ai reçues de la part de juifs américains outrés, incapables de résister à la tentation de comparer l’Iran et l’Allemagne nazie. Soyons clairs : la République islamique n’est pas un mini-IIIe Reich, ni même un État totalitaire. Munich a permis à Hitler d’annexer les Sudètes. L’Iran n’a pas mené une seule guerre de conquête depuis plus de deux siècles. Dans les régimes totalitaires, l’individu est entièrement soumis à l’État. Un seul parti est toléré, et toutes les institutions lui sont subordonnées. La société iranienne n’est certes pas libre et subit le joug d’un puissant appareil répressif. Mais l’Iran est loin de remplir les critères ci-dessus. Les marges de liberté – et même de démocratie – y sont significatives. Loin d’être « fous », les mollahs ont prouvé qu’ils savaient être flexibles.

 

Un exilé iranien, qui ne porte pas la République islamique dans son cœur, m’a écrit pour me dire que mon article sur la condition des juifs iraniens l’avait « ému aux larmes parce que j’avais écrit ce que nous sommes nombreux à vouloir entendre ». « L’Iran, a-t-il ajouté, est un pays qui est en train de revenir de sa ferveur extrémiste. Il est relativement stable et sa société civile est dynamique. Comme le dit mon père, qui vit encore là-bas, “c’est le pays le moins non démocratique de la région, hormis Israël”. » Cette notion de « post-ferveur » est très importante, de même que les compromis entre islam et démocratie auxquels est douloureusement parvenu Téhéran. Ils infirment la thèse d’un pouvoir fanatique et expliquent la condition des juifs. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de fanatisme, ou qu’il n’y ait pas eu de terribles crimes, comme l’attentat téléguidé par Téhéran contre le centre de la communauté juive à Buenos Aires, il y a quinze ans. Mais assimiler l’Iran au terrorisme est réducteur. Le Hezbollah et le Hamas ont évolué pour devenir de grands mouvements politiques largement perçus comme des forces de résistance face à un Israël enclin à abuser de sa puissance de feu. Il est urgent de réviser la perception que nous en avons et de rejeter toute vision caricaturale de l’Iran.


Il est bon de rappeler que les discours haineux et ultranationalistes ne sont pas l’apanage de Téhéran. Avigdor Lieberman, le tison raciste d’Israël, a sa place dans un gouvernement dirigé par Netanyahou. Cela n’est pas normal. Comme il n’est pas normal que des racistes démagogiques – quels qu’ils soient – invoquent à tort et à travers les crimes odieux des nazis, leurs maîtres à penser."

TOUT EST DIT, avec humour et ironie en plus... Respect monsieur Cohen.

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 11 commentaires - Recommander
Jeudi 12 mars 2009



On ne peut que lui tirer son chapeau. Brillant et d'une grande justesse:

Le président Sarkozy veut que la France réintègre le commandement intégré de l'OTAN, trente-trois ans après que le général de Gaulle s'est résolu à en sortir. Il l'avait annoncé à l'été 2007. Il s'apprêterait à le confirmer début avril. On nous donne comme explication : en 1966, c'était la guerre froide, tout a changé. Mais cela n'a pas de rapport. Ou c'est l'existence même de l'OTAN qui devrait être remise en cause.


Cette position originale au sein de l'Alliance faisait l'objet d'un large consensus dans l'opinion française. Elle était depuis longtemps admise des Américains, d'autant qu'elle n'avait pas fait obstacle à l'adoption d'arrangements pratiques pour la coopération entre la France et l'OTAN, ni même à l'engagement de la France chaque fois qu'elle le décidait, comme on l'a vu sur divers théâtres (Kosovo, Afghanistan...).

Alors pourquoi cette rupture ? On nous dit qu'elle va permettre à la fois de débloquer la défense européenne et d'"européaniser l'Alliance", et que nous aurons plus d'influence. Peut-on croire que la concrétisation de la défense européenne se soit ainsi seulement heurtée à la méfiance de nos partenaires européens envers les arrière-pensées de la France, et qu'il suffirait de les rassurer ? A aucun moment les Européens n'ont manifesté d'appétence pour une défense vraiment européenne. Ils ne veulent pas consacrer plus de crédits à la défense. Ils ne veulent pas faire double emploi avec l'OTAN.


De Gaulle avait pris cette décision après huit années de demandes infructueuses auprès des Américains pour que les alliés européens puissent se faire entendre au sein de l'Alliance, et pour ne pas cautionner la nouvelle et dangereuse stratégie nucléaire de "riposte graduée". Par la suite, tous ses successeurs, de droite comme de gauche, ont respecté cette décision stratégique devenue la pierre de touche de la politique étrangère et de défense de la France.


Ils ne veulent pas non plus assurer des responsabilités trop risquées. Ils se cantonnent, sous le label de "défense européenne", à des actions périphériques ou secondaires menées comme une sous-traitance. Soit un classique partage du fardeau. Ils ne veulent
  pas irriter le Pentagone (qui déjà, au moment du Kosovo, avait détesté l'obligation de consultations entre alliés). Si la méfiance antifrançaise avait été autre chose qu'un prétexte, elle aurait été dissipée après le sommet de Saint-Malo il y a plus de dix ans, et un état major autonome pour concevoir et mettre en oeuvre la PESD aurait déjà vu le jour... Gageons que notre changement n'y changera rien. Ces avancées de la défense européenne nous ont déjà été présentées en dix mois comme une condition préalable, puis comme une démarche parallèle et maintenant comme une conséquence espérée de notre réintégration. Demain comme un regret ? Ou comme un leurre ? La défense européenne avançant sur deux pieds - l'OTAN et l'UE - évoque le mythique dahu !

Mais on met également en avant l'européanisation de l'Alliance qui découlerait de l'obtention de postes importants pour des Français dans la hiérarchie de l'OTAN, comme Jacques Chirac l'avait tenté en 1995-1997 avant de constater son échec et que le gouvernement Jospin ne stoppe cette tentative. On parle pour la France de commandements de moyenne importance à Norfolk et à Lisbonne. Mais de toute façon est-ce que la nationalité des officiers qui reçoivent et transmettent les instructions du Pentagone a de l'importance, sans changement radical des modes de décision au sein de l'Alliance, ce que rien ne permet d'espérer, même aujourd'hui ?

Ce n'est pas parce que cette réintégration, conçue sous George Bush, prendrait effet sous le charismatique Obama, que les réalités transatlantiques disparaîtraient. L'administration américaine actuelle est plus "aimable", mais a-t-elle une autre conception de l'Alliance ? Rien ne l'indique. Quant à l'influence accrue, on n'aurait aucun mal à citer un exemple d'influence qu'aurait exercée de l'intérieur un allié dans l'Alliance du fait de sa complète intégration. Notons enfin que même les plus ardents défenseurs de ce revirement n'osent mettre en avant les éventuels avantages industriels pour notre pays compte tenu des rapports de force évidents. Les militaires eux-mêmes seraient partagés en ce qui concerne les avantages et les inconvénients de l'opération.


L'européanisation, la création d'un pilier européen de l'Alliance, ce serait tout autre chose : la création d'un vrai "caucus européen" au sein de l'Alliance. C'est en son sein, avant de discuter avec les Américains, que nous devrions examiner s'il est raisonnable de continuer d'élargir l'Alliance (c'est un sujet très sérieux : l'engagement de l'article 5 est contraignant), comme de ne plus fixer aucune limite géographique à ses interventions. Est-il acceptable d'assister impuissants au développement d'une stratégie de bouclier peu cohérente ?

Tout cela est dangereux et, jusqu'ici, nous n'avons eu aucun poids dans les décisions. Si les Européens obtenaient, du fait du retour de la France, de pouvoir parler dans l'Alliance, et décider en partenariat avec Washington de l'Afghanistan, de la Géorgie, de l'Ukraine, du bouclier, du désarmement stratégique, de la Russie etc., alors oui, cela serait une alliance nouvelle, à deux piliers. Les autorités françaises ont-elles une aussi grande ambition ? Croient-elles vraiment qu'elles auront plus de poids pour une telle révolution après s'être réintégrées ?

Les avantages sont donc incertains et problématiques. Les inconvénients politiques sont évidents : envoyer au monde un signal de réalignement de la France, qui sera politiquement interprété comme tel, avec le déclassement et les risques qui en résulteront. On nous dit : c'est symbolique puisque nous sommes déjà presque entièrement intégrés !


Eh bien oui, c'est symbolique, symbolique d'une volonté de normalisation qui, une fois la décision mise en oeuvre, développerait par un effet d'engrenage tous ses effets. Il semble bien que la décision soit fondée sur des considérations idéologiques, atlantistes ou occidentalistes, comme on voudra : mettre fin à une "anomalie" au sein de la famille occidentale. On peut souhaiter autre chose pour la France. Il est encore temps d'en débattre.


Hubert Védrine a été ministre des affaires étrangères de 1997 à 2002. Dernier ouvrage paru : "Continuer l'Histoire" (Flammarion, 2008).





Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires - Recommander
Mercredi 25 février 2009


 



Et au salon de l'agriculture, on trouve de tout, à commencer par une ministre de l'Economie...


... le gouvernement au complet...


... et quand même, des bonnes choses...


... non, je ne suis pas chauvin...





Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires - Recommander
Samedi 7 février 2009













Deux aspects de débats d'actualité


* La mobilisation face à la crise et la politique du gouvernement

Le 29 janvier, deux millions de personnes ont manifesté. Nombreux ont été ceux qui ont fait grève, nombreux ont été ceux qui n'ont pas fait grève et qui se sentaient solidaires des revendications: réponses aux inquiétudes face à la crise ; colère face à l'injustice de la politique économique et sociale ; espoir d'une autre politique plus équitable et efficace.

De nombreux secteurs ont été touchés, le privé comme le public, des jeunes inquiets pour leur avenir et des plus vieux soucieux de leur retraite. Contrairement à une phrase provocatrice, quand il y a des grèves en France, on s'en aperçoit. Et cette interpellation au pouvoir en place aurait logiquement dû appeler à un recadrage. D'où le besoin d'une prise en compte des demandes exprimées lors de cette journée de mobilisation, sous peine que d'autres soient nécessaires pour se faire entendre et obtenir satisfaction. Pour quelle réponse du président ?



* L'intervention du président et la déception face à ses réponses aux attentes exprimées par les Français

Qu'ont vu les 15 millions de personnes qui ont écouté le président et qu'ont raté ceux qui ne l'ont pas vu ? Pour résumer, on peut citer Martine Aubry: "Entêtement, hésitation, décalage"

- entêtement. Le président maintient le cap de ses contre-réformes et se refuse à la moindre auto-critique sur celles qui sont les plus contestables (heures supplémentaies défiscalisées, nomination du patron de France Télévision...). Toujours cette même logique d'opposer les Français entre eux plutôt que de les rassembler. Cette façon de s'attaquer au service public alors que celui-ci est garant de la cohésion du pays.

Qu'il veuille maintenir l'essence du programme sur lequel il a été élu, on peut le comprendre. Mais être à ce point autiste vis-à-vis des demandes légitimes des Français, sourd aux critiques y compris celles exprimées dans son camp... Rien ne justifie qu'il n'ait pas sinon changé de politique, en tout les cas qu'il ne l'ait pas infléchie, en tenant compte, et pas sur un ton misérabiliste, de la gravité des conséquences de la crise pour de nombreux Français.

- hésitation. Vous allez me dire, surprenant de la part de celui qui dirige tout et est omniprés(id)ent. C'est finalement logique: l'absence de cap clair face à la crise explique les hésitations du président. Cela a parfois du bon: il accepte enfin de considérer le dialogue social et la concertation comme un outil indispensable d'un mode de gouvernement. Mais la part de mauvais est largement plus conséquente: pas de ligne claire, englué qu'il est par la faillite de la logique libérale qui était la sienne. Prêt à des gestes "sociaux" mais sans aucune comparaison avec, par exemple, ce que font Obama, Brown ou Zapatero dans leurs pays.

Surtout, cela témoigne d'une incohérence totale: supprimer une tranche d'impôt sur le revenu alors qu'on prétend vouloir maîtriser les déficits. Supprimer la taxe professionnelle sans annoncer par quoi la première ressource des collectivités territoriales sera remplacée. Les Français ont besoin d'être rassurés, ils sont en fait gouvernés au fil de l'eau, sans ligne directrice si ce n'est ce le fait que le président n'est pas à la hauteur des enjeux.

- décalage. Précisément, les enjeux sont bien plus importants: que pèsent les 1,4 milliards d'euros de mesures "sociales" face à l'ampleur des difficultés actuelles ? Il aurait tout à fait pu (ce ne sont là que quelques pistes):

--) assortir de contreparties l'aide aux banques, que l'Etat entre et reste au conseil d'administration de ces banques. Et que désormais, toute aide accordée aux entreprises soit assortie d'une obligation de négocier sur la question du pouvoir d'achat, sans oublier le plafonnement des rémunérations comme l'a récemment décidé Barack Obama.

--) renforcer son plan de relance. Celui présenté par le gouvernement est en décalage avec ce qui est nécessaire, comme préconisé par le FMI en pourcentage de PIB. Peu d'investissements et pas de consommation. Même Angela Merkel en Allemagne n'agit pas de la sorte. Il faudrait un plan plus équilibré, avec des investissements non pas fruit du recyclage de projets en cours mais résultat d'un appui massif à des mesures structurantes. Quant à l'aspect consommation, il est indécent de ne pas aider ceux qui sont pénalisés par la crise (baisse de la TVA, augmentation des salaires et des minimas sociaux...). Partout en Europe, cette double nécessité se traduit en actes. Mais en France, on est généreux avec ceux qui ont déjà tout et on n'aide pas ceux qui auraient bien besoin de la solidarité nationale.

Demain ? D'autres réponses j'espère ! Alter !

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Lundi 12 janvier 2009

 














* "L'attaque israélienne à Gaza: silence, on tue"

--) Cela fait plusieurs semaines que l'offensive israélienne sur Gaza a commencé. Présenté comme une guerre contre le Hamas, c'est en réalité tout un peuple qu'elle endeuille, plus d'1,5 millions de personnes enfermées dans un territoire confetti, qui vit sous occupation au mépris du droit international depuis plus de quarante ans. Que peut-on dire de cet énième étape du conflit israélo-palestinien ?


- l'injustifiable offensive militaire

Tout d'abord, rien ne justifie de s'en prendre ainsi à Gaza. L'argumentation est connue et elle a pris figure de syllogisme: le Hamas envoie des roquettes sur le sud d'Israël, qui tuent des civils et entretiennent la peur dans la population israélienne ; Israël doit donc se défendre contre cette agression ; le seul moyen pour lui de mettre fin à ces tirs de roquettes est de mettre hors d'état de nuire ceux qui en sont les auteurs. Le raisonnement a été tenu au Liban contre le Hezbollah, avec le succès que l'on sait pour Israël (rapport israélien de la commission Winograd) et surtout pour les victimes civiles libanaises. Ce raisonnement, criminel sur le terrain, ne tient pas sur le fond.

On peut ne pas partager l'idéologie qui est celle du Hamas, ce qui est mon cas. On peut préférer les nationalistes laïcs du Fatah, ce qui est mon cas. Mais force est de constater que l'Autorité Palestinienne est discréditée, acceptant tout d'Israël et des Occidentaux, ne recevant rien en retour, si ce n'est la souffrance accrue de son peuple. Quant au Hamas, c'est avant tout le représentant démocratiquement élu lors d'élections libres, mis à l'écart sous prétexte qu'il ne serait pas un interlocuteur valable. Mais il a tout de même signé la trêve avec l'Etat qui occupe son territoire ! Il l'a respectée jusqu'à ce que le voisin la viole par des incursions terrestres. Il va même jusqu'à s'aligner sur les revendications de ceux que l'on considère comme "modérés", à savoir la perspective d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967 telles que prévues par l'ONU.

Par ailleurs, Israël a beau jeu aujourd'hui de chercher à "éradiquer" le mouvement qu'elle a contribué à favoriser hier. Elle a aidé à son installation dans les années 1980 pour affaiblir l'OLP. Elle a légitimé l'Initifada par ses violations quotidiennes des accords de paix. Sa logique du chaos ne fait que renforcer la radicalité. Elle continue aujourd'hui de démonétiser une Autorité palestinienne qui n'a plus d'autorité que le nom, qui ne gouverne pas un territoire morcelé et non continu où la colonisation continue. Même l'initiative unilatérale d'Ariel Sharon d'évacuer les colonies de Gaza s'est en réalité traduite par un renforcement de la colonisation en Cisjordanie occupée.

Dans ce contexte, qui peut penser que l'offensive militaire n'aboutira pas au renforcement de ceux qu'Israël prétend combattre ? Même dans l'hypothèse où le Hamas serait affaibli, à quel prix: des centaines de morts civils, un territoire sous asphyxie humanitaire d'après les ONG sur place et surtout, une politique qui ne fait que renforcer les extrémistes qui contestent non pas la colonisation mais l'existence même de l'Etat hébreu. Si ces jusqu'auboutistes "disparaissent", d'autres prendront leur place tant que le statu quo territorial demeurera. Drôle de stratégie de sécurité...

- l'inacceptable interdiction faite aux journalistes d'exercer leur métier

Une autre stratégie mise en place par les autorités de Tel-Aviv est d'interdire l'accès à la bande de Gaza aux journalistes. J'ignore le pourquoi de cette décision mais dans tous les cas, il n'incite pas à l'optimisme. Que cache ce choix ? L'utilisation de bombes au phosphore, accréditée par les observateurs de l'ONU ? L'absence d'images pour rendre compte des bavures, comme celle qui a amené à la tuerie de l'école où s'étaient réfugiés femmes et enfants ?

En tous les cas, le cantonnement des journalistes internationaux dans les villes israéliennes de Sderot et Ashkelon permet surtout à l'Armée israélienne de ne distiller que les images qu'elle souhaite. On peut comprendre qu'elle ne souhaite pas faire autrement. On ne peut en revanche admettre que les autorités politiques de l'Etat d'Israël laissent faire cette situation et acceptent cela. Les journalistes, à Gaza comme ailleurs, doivent pouvoir avoir accès aux zones de conflit afin de rendre compte de la réalité des événements qui s'y déroulent.

- l'impossible mise sur un pied d'égalité des protagonistes

Au-delà des faits eux-mêmes, il est intéressant de voir comment les médias relatent le conflit au Proche-Orient. Le proverbe dit que "comparaison n'est pas raison", et il s'applique parfaitement dans ce cas.

Bien sûr que la peur qui anime les citoyens israéliens qui vivent sous la menace de roquettes est compréhensible. Bien entendu, on peut comprendre l'émotion que cette menace suscite dans le reste du pays. Mais enfin, comparer leur situation à la vie du cimetière à ciel ouvert gazaoui est indécent. D'un côté, une Armée parmi les plus puissantes au monde, équipée par la première puissance mondiale, qui agit à sa guise sans que les médiations internationales ne parviennent à imposer un cessez-le-feu. De l'autre, un peuple qui vit toujours sans Etat, dont les "frères" arabes impuissants, complices ou actifs selon les cas, ne peuvent que déplorer l'indifférence internationale, ou du moins son inefficacité. Cela ne justifie pas n'importe quelle réaction face à l'occupation mais tant que celle-ci perdurera, il se trouvera des gens pour en trouver prétexte et appeler à la destruction de l'Etat voisin.

Cette différence structurelle entre les forces en présence a pour corollaire la volonté exprimée par certains de plaquer une grille de lecture religieuse sur un conflit de nature politique. Là où Israël défend l'existence de l'Etat juif, le Hamas dit vouloir construire un Etat basé sur des règles religieuses. Mais parmi les Palestiniens, ceux qui sont les plus critiques sont souvent des Chrétiens: ainsi, l'évêque de Béthleem Mgr Sabbah, n'a pas de mots assez durs pour condamner le sort fait à son peuple. De même, en Israël, tout le monde n'est heureusement pas sur la même ligne belliciste: le mouvement "La paix maintenant" et les ONG qui luttent contre la colonisation ont le courage de s'opposer aux intégristes juifs et au Likoud. Ce ne sont pas des religions qui s'opposent, même si le différend comporte une dimension religieuse avec le statut de la Ville Sainte. C'est bel et bien la lutte politique d'un peuple pour l'existence de son Etat dont il est privé depuis 1948.

Précisément, pour saisir les enjeux de ce conflit à Gaza, il faut garder à l'esprit l'importance du contexte intérieur en Israël. Les prochaines élections où vont s'opposer la droite extrême de Netanyahou, le centre-droit de Livni et le centre-gauche de Barak entraînent une surenchère sur le thème "plus sécuritaire que moi tu meurs". Si ce raisonnement n'est pas surprenant de la part du Likoud, en revanche, la gauche israélienne, du moins le parti travailliste, a gravement oublié la leçon de Rabin. Ils perpétuent la colonisation et contribuent au discrédit du Fatah au profit du Hamas. Pourtant, au moment de l'espoir d'Oslo, les signataires de l'époque n'étaient pas des pacifictes de toujours. Le général Rabin était un des plus hauts gradés de l'Armée israélienne et Yasser Arafat avait combattu l'arme à la main celui qui était alors "l'ennemi sioniste". Pour autant, ils avaient tous les deux compris que la seule issue valable au conflit est diplomatique, basée sur des paramètres connus: l'existence côte à côte de deux Etats sur la base des frontières de 1967, c'est-à-dire une souveraineté palestinienne sur tout juste le quart de la Palestine historique.

On voit donc que les modérés et les extrémistes ne sont pas toujours ceux qu'on croit. La Ligue Arabe a proposé en 2002 puis réaffirmé depuis sa volonté de normaliser ses relations avec Israël contre la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Depuis, Israël occupe toujours la Cisjordanie et le plateau syrien du Golan, et vient de passer à l'offensive contre la population à Gaza. Vous avez dit deux poids deux mesures ?


--) Ce n'est donc pas une guerre au sens strict du terme qui se déroule à Gaza. Ce ne sont pas deux armées face à face mais un terrorisme d'Etat face à un terrorisme de résistance. Les israéliens ont droit à la sécurité. Les palestiniens ont droit à un Etat. Les israéliens ne vivront en sécurité que lorsque les palestiniens auront un Etat.

Il est difficile de savoir aujourd'hui ce qui ressortira de cet épisode de Gaza. Ce qui est sûr, c'est que l'effroyable situation humanitaire que subit la population palestinienne doit cesser. Et encore une fois, combien de temps faudra-t-il attendre pour qu'un dirigeant israélien de la trempe de Rabin se résolve enfin à faire le nécessaire afin que le conflit cesse ? Espérons que Barack Obama pèsera de tout son poids pour que la solution juste et viable soit enfin traduite dans les faits.  

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 14 commentaires - Recommander
Vendredi 26 décembre 2008

 







 

"Post-sciptum, Jeune Afrique n°2502, décembre 2008-janvier 2009"

Article écrit par Fouad Laroui, "Des mesures concrètes"

"Depuis que la crise a éclaté, les experts se répandent dans les médias pour dire qu'ils l'avaient vue venir. Il paraît qu'à l'école, les moufflets discutent gravement de relance, de déflation et d'assèchement du crédit.

L'analyse, d'accord. Mais les mesures concrètes, tout le monde sèche. Ils pataugent tous. Pourtant, nous les tenons, nous tous, les fameuses "mesures concrètes". Les voici:

1) Il faut mettre l'Homme au centre de l'économie. En effet, ceux qui mettent le hamster ou le scoubidou au centre de l'économie sont les vrais responsables de nos malheurs. Il faut donc tracer un grand cercle dans toutes les places boursières du monde et mettre l'Homme au centre. [...]

2) Il faut moraliser les affaires. Le secrétaire général de l'ONU recevra solennelement dans son bureau les affaires, et leur passera un savon. Comment ? Y'a plus de morale ! Il leur remettra un exemplaire, dédicacé par Moïse, des Dix Commandements, ainsi qu'un recueil de cours d'éducation civique. Honteuses, remplies de remords, les affaires sortiront du bureau de Ban Ki-Moon... moralisées.

3) Il faut restaurer la confiance. Elle est anéantie, nous dit-on. Le chef de l'Etat l'invitera dans le meilleur restaurant. Au menu: viande rouge, féculents, fruits, légumes, sang de boeuf et alcools divers. Si après ça, la confiance n'est pas restaurée, c'est à n'y plus rien comprendre.

4) Il faut sortir de la tyrannie du profit. Pourquoi ne pas le pendre ce tyran ? Dès qu'on aura signalé le profit dans une rue ou sur le toit d'une maison, les citoyens auront le devoir de s'en emparer et de le conduire au réverbère le plus proche. Il y sera pendu haut eu court. Non mais.

5) Il faut sortir de la logique du court terme. Sortir de la logique, ça semble difficile à première vue. Pourtant, il suffit de réfléchir. Quel est le contraire de la logique ? C'est la folie, la niaiserie et autres substances faciles à se procurer. Pour sortir de la logique du court terme, il faut donc s'installer dans la folie de long terme. Chaque citoyen se procurera un entonnoir qu'il mettra sur sa tête, s'habillera comme l'as de pique et ira par les rues en criant  "Je suis Napoléon !". On n'entendra plus jamais parler alors de cette "logique du court terme". Sauf peut-être au Pôle Nord ou au Sahara.

Si vous avez d'autres suggestions, envoyez-les. Mais du concret, s'il vous plaît, du concret !"

En cette période de fête, un peu d'ironie et d'humour marocains...

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Jeudi 11 décembre 2008

 


 











 

Justice, éducation, prisons : « quand on ouvre une école, on ferme une prison » Victor Hugo

 


Juste un court article sur un sujet récurrent dans l’actualité, que la publication récente du rapport « Varinard » remet au goût du jour : le rapport entre éducation et sanction dans la politique vis-à-vis des jeunes. Pour faire simple, on peut résumer le sujet en trois points :

 

- si on abdique sur l’éducation, il ne faut pas s’étonner des conséquences et crier au loup quand on voit des ados de plus en plus jeunes commettre des actes graves. Si les mécontentements se multiplient, ce n’est pas qu’un effet d’humeur, c’est surtout le moyen de combattre une logique qui s’instille dans tous les champs pour imposer un modèle de société qui n’est pas celui de la France.

 

- dans le climat actuel, où la criminalisation de la jeunesse, sous couvert de restauration de l’autorité, est en réalité en train de ruiner les efforts des politiques de prévention, il faut refuser tout ce qui contribue au climat de pression sur les libertés publiques. Policiers aux interventions douteuses dans les écoles, intimidation de journalistes, peines planchers qui accentuent une surpopulation carcérale déjà inadmissible… Les motifs de colère sont nombreux.

 

- à partir d’une petite expérience personnelle, une visite à la prison de Fresnes dans le cadre de mon stage, il faut que chacun réalise ce que c’est que de vivre dans une prison, a fortiori quand on est jeune. Je n’en n’ai moi-même vu qu’un tout petit bout, ce qui laisse entrevoir la réalité du quotidien dans une maison d’arrêt. Le rôle de la prison ne devrait pas être de briser des individus mais qu’une personne condamnée y paye sa dette à la société. Tout ce qui peut être alternatif à la prison, en particulier pour les jeunes, doit être tenté, notamment en dotant le monde psychiatrique des moyens qui lui sont nécessaires alors qu’aujourd’hui, ils manquent dramatiquement.

 

Au moment des fêtes de fin d’année, il y a des sujets plus joyeux à traiter. Mais entre les suicides en prison, la casse du service public de l’éducation et la logique du tout répressif au détriment de la prévention, il faut espérer qu’un coup d’arrêt sera mis à cette logique qui mène la société tout droit dans le mur.

 

Par Grutman
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés