Mercredi 2 juillet 2008

Pour que tout le monde s'y retrouve, j'inaugure la formule qui sera celle de l'été: un article = des photos + un sujet. Aujourd'hui, l'été sera chaud = fiestas parisiennes + la laïcité

Tofs:







La laïcité...

Par quoi commencer ? Par le basique: je suis un laïc, c'est une valeur fondamentale de la République, une base du vivre ensemble.

Ensuite, pour en arriver là où je veux en venir, je voudrais citer un historien et sociologue, Emile Poulat, directeur d'études à l'EHESS, qui réagissait à la décision d'un maire de l'Isère de renoncer à réserver la piscine municipale aux femmes à certains horaires (Le Monde du 27 juin 2008):

" * Les affaires de mixité dans les lieux publics relancent le débat sur la laïcité. Ces pratiques constituent-elles selon vous des atteintes au principe de laïcité ?

* J'aimerais que ceux qui voient là une violation de la laïcité me disent à quelle texte ils font référence. La mixité dans notre pays n'a pas été créée au nom de la laïcité. C'est un phénomène récent et jusque là, même les laïcs les plus convaincus ne considéraient pas les écoles non mixtes de garçons et de filles comme une atteinte à la laïcité. Vouloir de la mixité partout correspond à une évolution des moeurs et de la conscience sociale. Sauf à tenir un discours militant, il n'y a guère de raisons d'invoquer dans ces cas ce grand principe. Et quant aux accusation de communautarisme, elles me paraissent surtout une manière de stigmatiser l'Islam. Je voudrais que l'on mette autant d'énergie à établir véritablement l'égalité hommes-femmes dans notre société qu'à pointer du doigt le communautarisme.

* Quelles sont alors, selon vous, les réelles violations de la laïcité ?

* Lorsque la liberté de conscience est bafouée, la laïcité est violée. C'est l'un des principes premiers de la laïcité. Quant au débat sur le financement des lieux de culte, on est en plein confusion entre les principes et la pratique. Aujourd'hui, les élus trouvent mille et une manières pour aider à la construction et à l'entretien de lieux de culte.

* La justice, certains élus et l'opinion publique montrent une grande vigilance sur ces questions et condamnent les revendications identitaires.

* Beaucoup de décisions judiciaires et administratives vont effectivement dans ce sens. Cela s'explique en partie par l'inculture sur les questions de culte et de religion. En outre, la société apparaît de plus en plus intolérante à la différence. Il est vrai que face à de telles revendications, on ne peut pas faire l'économie de notre héritage historique et laïc. Mais, aussi regrettables et passéistes peuvent-elles être, les questions de non mixité ne troublent pas la laïcité"

Je ne partage pas toutes les affirmations de ce professeur, mais j'en partage l'esprit. Précisément, plusieurs remarques:

- tout d'abord, la loi de 1905 est un texte fondateur du pacte républicain, un texte d'apaisement on ne peut plus actuel, de conciliation entre la liberté et la laïcité, qui ne doit pas être modifié car il convient parfaitement à notre société contemporaine. Tous ceux qui parlent aujourd'hui de le réformer soit veulent en détourner l'esprit, soit prennent la solution pour le problème. A l'époque de Briand, contre les clercs qui y voyaient une trahison de la fille aînée de l'Eglise, et contre les intégristes laïcs qui bouffaient du curé matin, midi et soir, ce texte a permis dans un souci de concorde de garantir à chacun la liberté de conscience en faisant de l'espace public un espace neutre où le prosélytisme ne saurait avoir sa place. Ces idées sont plus que jamais d'actualité. Le texte de 1905 est donc à défendre, à faire connaître (les baux emphythéotiques...) et à respecter plutôt qu'à réformer.

- ensuite, la laïcité est souvent utilisée à des fins politiques, voire politiciennes. En effet, ceux que j'appelerai les laïcards, avec la connotation péjorative que j'y mets, agitent le drapeau de leur ignorance à chaque fois qu'un fait divers (un imam illuminé...) vient donner de l'eau à leur moulin. Libre à chacun, dans sa vie personnelle, d'être contre les croyances et de penser que les religions sont une absurdité. Mais utiliser des arguments de ce type dans le débat politique revient à la fois à légitimer par l'extrémisme ceux que l'on prétend combattre et surtout, à rater la cible, la vraie question, à savoir le vivre ensemble. Derrière le paravent de la laïcité, se cache chez certains cette injonction: renie qui tu es, abandonne ta culture d'un autre temps, et tu pourras (peut-être...) être considéré comme Français. Eh bien non: être Français, c'est respecter les lois de la République, jouir des droits qu'elle confère à ses citoyens et, pour certains, se sentir partager un destin commun. Ni plus, ni moins. Ce n'est sûrement pas s'assimiler à une normalité inventée, une normativité construite, qui enjoint quiconque ne s'y moulerait pas au bannissement des laïcards à la Philippe Val. Dans le "combat" entre les laïcs et les cléricaux, je serai toujours du côté des premiers. Mais les dérives des uns valent bien celle des autres.

- enfin, il y a un problème spécifique avec l'une des religions, l'Islam, qui tient pour partie à la pratique de ses fidèles et pour beaucoup à la perception du reste de la communauté nationale. C'est vrai que certaines pratiques, qui tiennent au culturel et qu'il ne faut pas essentialiser, posent problème. Mais fondamentalement, même si ces problèmes n'existaient pas, je reste persuadé que la question de fond reste la même: pour certains, être musulman, c'est être inassimilable. Pour un article sur les mariages forcés, combien d'articles sur Saint-Nicolas du Chardonnet ou sur les paroles inadmissibles de certains allumés du CRIF ? Les musulmans n'ont pas le monopole de la connerie religieuse, ni de la connerie tout court d'ailleurs. Une "défocalisation" systématique permettrait peut-être à ceux qui se sentent stigmatisés de l'être un peu moins. Tariq Abdul-Wahad, Maurice Béjart et Franck Ribéry sont-ils de moins bons Français car ils se sont convertis à l'Islam ? Quand la banalisation du ressenti aura succédé à l'exceptionnalité de la perception, alors on pourra dire qu'il n'y a plus deux poids deux mesures. Ces plusieurs millions sont là, que ceux que ça chagrine s'y résolvent: ils sont aussi le passé, le présent et l'avenir de la France.

par Grutman
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Dimanche 15 juin 2008

 




 

 





Après les images, le texte. J'ai décidé d'écrire sur un événement qui a fait polémique alors que, selon moi, elle est totalement injustifiée. Pour vous donner mon opinion, je vais citer quelqu'un avec qui je ne suis pas toujours d'accord mais dont les avis font toujours réfléchir: Jacques Attali. Il écrit:


 

"En attendant  le résultat de  l’appel,  l’annulation par un tribunal à Lille d’un mariage pour constat de la non-virginité de l’épouse  est une bonne nouvelle pour cette femme et peut le devenir pour toutes les autres.   

Certes, on peut comprendre que beaucoup se soient indignés devant ce qui semble à priori une concession faite aux exigences d’une  tradition religieuse : l’époux se plaignait d’une  tromperie qui aurait été commise  par celle qui était devenue sa femme  sur une « qualité essentielle  de la personne» (cause d’annulation  d’un mariage, selon l’article 180 du code civil)  : elle n’était pas vierge, contrairement à ce qu’elle avait assuré avant leur union.  Pour beaucoup,  en annulant un mariage pour ce motif jusqu’ici jamais retenu, cette décision est problématique. Mais en fait, à mieux y réfléchir,  cette décision est  à l’avantage de la femme  et peut conduire à beaucoup de novations positives :  
 
           

D’une part, cette annulation   permet à la femme de gagner du temps sur ce qu’aurait exigé une procédure de divorce.   En effet, de  deux choses l’une : soit elle souhaitait  cette annulation,  (parce qu’elle a été forcée  de se marier et de se dire vierge ;  ou  parce qu’elle  comprend que son mari,  en exigeant sa  virginité au point de vouloir annuler leur union,   lui promet un destin  moyenâgeux ), et elle doit se féliciter du jugement. Mieux vaut alors  pour elle un mariage annulé, qui  efface ce qui n’aurait jamais du avoir lieu, qu’un divorce aléatoire et pénible.

 D’autre part, si,  au nom de l’article 180 du code civil l, un mariage  peut  etre annulé pour non-respect par l’épouse  d’une condition posée avant le mariage, on rêve de voir le même texte appliqué à l’initiative  d’une femme se plaignant  de voir son époux se révéler,  après le mariage, infidèle ou incapable d’entretenir le ménage, ou alcoolique, ou tyran domestique, ou manquant de   tout autre « qualité essentielle de la personne »  au moins aussi  signifiante  que la virginité.

Il n’y a donc pas lieu de réformer cet article du code , mais au contraire de le retourner et d’en faire un plein usage : celui d’un divorce express  ,  dont ceux qui croient aujourd’hui en être les bénéficiaires seront les principales victimes."


Je souscris parfaitement à ce point de vue, en ajoutant que l'emballement médiatique a atteint son comble quand on en est arrivé à faire croire aux gens que le mariage avait été annulé pour cause de non virginité alors qu'il l'a été pour mensonge.

Cet "événement" a donné l'occasion aux professionnels de l'indignation séléctive de faire vibrer leurs cordes vocales. Chez les Badinter, autant j'ai beaucoup de respect et de considération pour Robert, autant Elisabeth m'insupporte au plus au point. De même, les bêlantes de Ni Putes Ni Soumises (comme si les filles de banlieue n'avaient le choix qu'entre ces deux alternatives également dégradantes pour leur condition de femme...) ont pu occuper l'espace médiatique et justifier des subventions publiques qu'elles touchent pour encourager tous les amalgames que subissent ceux qu'elles disent représenter alors qu'ils ne leur ont rien demandé. L'ignorance l'a disputé à l'excès et une fois de plus, elles ont contribué à une stigmatisation coupable, sans penser une seconde au sort de l'individu concerné au premier chef par l'affaire, à savoir la femme qui voulait se débarasser de son mari. Cette décision ne doit certes pas faire jurisprudence sous peine de créer des affaires de toute pièce. Mais celles et ceux qui veulent réellement défendre la condition des femmes feraient mieux de se battre contre la mentalité rétrograde et hypocrite de la virginité imposée (si elle est choisie, chacun dispose de son corps comme il l'entend), qui entraîne un business de reformation de l'hymen sans que son "déflorage" n'ait toujours pour origine une "approche rapprochée".

Par ailleurs, je ne suis pas suspect d'être un admirateur de Rachida Dati, mais précisément, sur cette affaire, en ayant pris connaissance du dossier et en connaissant la nature de l'enjeu en cause, elle a exprimé un point de vue bien plus respectable et féministe que tous ces pseudos progressistes de droite et de gauche dont le souci premier est de se saisir du moindre élément pour se faire mousser, sans se soucier des conséquences de leur attitude. J'espère à présent que le résultat de l'appel fait par la Garde des Sots :) se soldera par une décision qui permettra à la fois de garantir à la jeune femme une solution acceptable et de poser des garde-fous pour ne pas créer les conditions d'une régression sociale et morale.  

 

par Grutman
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Vendredi 23 mai 2008

* D'abord des photos...

Là où on fait yoga...

 







* Et puis à partir de cette poésie prise en photo à Sciences Po, quelques réflexions d'actu.

- sur le PS et la "guerre" Royal-Delanoë. Le strauss-kahnien que je suis est partisan résolu de la présidente de Poitou-Charentes pour trois raisons.
1) Delanoë, comme l'était Royal en 2007, est le candidat de Nicolas Sarkozy. Il est celui qui me paraît le plus aisément battable alors que Royal a gagné en consistance et en cohérence depuis les dernières élections.
2) Ce serait quand même bien qu'après un procès en incompétence injustifié, quoi qu'on pense (je suis sceptique moi-même) de la démocratie participative et de l'ordre juste, elle ait l'opportunité de battre le candidat de droite. Ce serait faire triompher le symbole d'une femme dans un pays et un monde politique d'une consanguinité et d'une mysoginie indécrottables.
3) Les deux s'accordent sur l'essentiel. Même si Delanoë est un excellent gestionnaire, un homme intègre et de conviction, je préfère la parole de Royal qui parle plus aux non parisianistes et qui, je pense, aurait plus d'écho dans un costume de présidente. Delanoë, comme DSK d'ailleurs, ferait plutôt un excellent premier ministre. Quoique, ces dernières déclarations sur le libéralisme de la gauche sont ambiguës. Bien sûr que la gauche, c'est le le libéralisme politique et qu'en économie, le protectionnisme est une idée plus conservatrice que progressiste. Pour autant, jamais les recettes libérales n'ont été aussi dangereuses et discréditées qu'aujourd'hui, le besoin étant au contraire à la régulation, à l'intervention de la puissance publique et à la nécessité de concilier l'efficacité économique avec la justice sociale.

En résumé, ne pas se faire avoir pas les effets de mode. Même avec un bon candidat, assis sur un bilan critiquable mais que je considère comme le meilleur depuis les débuts de la Vème République, la gauche a perdu dès le premier tour en 2002, devancée par l'extrême droite. Faire un bilan critique des forces et faiblesses de Royal, oui. Saborder une popularité et l'espérance du changement pour un incertain qui n'a pas encore décidé lui-même de son total engagement (un nouveau Rocard ???), cela me paraît périlleux vu l'état de la gauche.

- sinon, juste comme ça, impossible SciencesPo. + Roland Garros + Euro, ne rien sacrifier sur l'essentiel, pour pouvoir profiter à fond de l'accessoire. Moi j'dis ça j'dis rien. Comme notre président se comportant en monsieur Michu. La vulgarité atteint ses limites mais quand on voit qu'on tombe de plus en plus bas dans ce registre, les sacrifices sociaux imposés (retraites) et les injustices sociales institutionnalisées (bouclier fiscal...) n'en sont que plus inacceptables.


Malgré tout, textes et photos, CARPE DIEM... Vive le globiboulga !

par Grutman
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Samedi 10 mai 2008



On en lit des plus ou moins conneries sur les murs de Sciences Po...
par Grutman
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Dimanche 27 avril 2008

Divers... et variés !




Attention, un beau gosse s'est caché parmi cette rangée de palois... A vous de le trouver !


 
On voit de tout dans le métro...

par Grutman
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Lundi 21 avril 2008

S'engager, qu'est-ce que c'est ? Soutenir un club de foot ? Voter ? Aider un membre de sa famille ou un ami qui est dans une mauvaise situation ? C'est tout ça à la fois.

Trois engagements de conviction contre
des désengagements et renoncements qui, d'inégale importance, témoignent d'une même logique de fatalisme qui va à l'encontre de convictions en lesquelles, je l'espère, nous sommes nombreux à croire.


* De Gaulle avait raison 

    Et le PS de l'époque avait tort. Quand la France quitte en 1966 le commandement intégré de l'OTAN, c'est le retour à une politique de souveraineté. Pour quoi faire ? Pour être indépendant et avoir un engagement crédible qui fait que la parole de la France, à son échelle de puissance moyenne, se fait entendre différemment dans le choeur des nations occidentales. Face à l'antiaméricanisme primaire du PCF de l'époque et l'atlantisme débridé du reste de la gauche et du centre, l'homme du 18 juin a traduit dans les actes le fait qu'allié n'a pas signifié, ne signifie pas et ne saurait être synonyme d'aligné.

    Aujourd'hui, quelle urgence y'a-t-il à réintégrer le commandement intégré de l'OTAN ? Militairement, la France compte moins que par le passé. Politiquement, elle se rapproche d'une organisation dont le leader est déjugé aux yeux de nombreux pays par les forfaitures dont il se rend coupable (Irak, Palestine et j'en passe). Stratégiquement, la France et l'Union Européenne ne peuvent être écoutés et respectés, représenter un contrepoids sérieux face à l'hyperpuissance, que s'ils agissent d'après leurs intérêts et se comportent selon leurs valeurs. Le suivisme vis-à-vis de Bush ne paie pas, la compromission et l'abandon d'une ambition diplomatique ne font qu'accentuer un mode de gouvernement "couaquesque" et à courte-vue.

    Cette fois, le PS d'aujourd'hui a raison: il est bien plus gaullien que les usurpateurs libéraux-conservateurs qui se réclament du gaullisme. Une relation franche et saine avec les Etats-Unis ne saurait être un lèche-bottisme tempéré par une admiration sans borne pour un mode de vie et une culture qui, respectables et exemplaires à certains égards, ne sont pas les nôtres et ne sauraient le devenir. Même si tout est fait pour américaniser la société française, non dans ce qu'elle a de mieux (les universités, la représentation des "minorités"...) mais dans ses aspects les moins enviables (politique carcérale, diplomatie néocon...), le renoncement est une preuve de lâcheté (que Kosciusko-Morizet a eu raison de pointer sur un tout autre sujet transgénique). Une fois de plus, De Gaulle avait raison. Un désengagement qui, j'espère, sera annulé par un retour en arrière... auquel le gouvernement actuel semble habitué tant il en a fait son mode de gouvernement.



* Rigueur Généralisée Pour le Peuple

    Rendons à César ce qui est à Pierre-Alain Muet: cette formule n'est pas grutmanienne, c'est un député socialiste du Rhône qui en est l'auteur. RGPP... Révision Générale des Politiques Publiques. Mais l'acronyme inventé par le député est encore plus conforme à la réalité.

    Après avoir dilapidé les fonds publics avec le bouclier fiscal et autres dispositifs du paquet fiscal inefficaces et injustes, il s'agit de serrer la vis et d'économiser les deniers partout où c'est possible. Sans entrer dans un débat économique qui montrerait qu'une politique trop rigoriste en situation budgétaire difficile est absurde (c'est quand la situation est confortable qu'il faut mettre de l'argent de côté pour les temps de vache maigre), il faut voir les vrais enjeux que cache ce passage au crible des politiques publiques. Bien sûr, des économies sont possibles. Bien entendu, il faut baisser certains déficits publics. Mais cette manière de s'attaquer à l'Etat, par l'Etat lui-même, est inacceptable. Politique d'économie des bouts de chandelle pour casser ce que des décennies, gauche et droite gaulliste confondues, ont rendu possible de construire. Une idéologie anti Etat qui s'accomode du partage de ses prébendes entre les plus favorisés d'entre nous et qui oblige les moins favorisés à se serrer la ceinture comme jamais quand la vie est de plus en plus chère.

    Face à cela, l'engagement est clair: non au désengagement de la puissance publique. Pour une intervention de l'Etat massive et efficace, redistributive et prospective. Non au déremboursement des frais optiques. Non aux coups de poignards contre la politique familiale nataliste. Non au financement du RSA par un transfert financier prélevé sur la prime pour l'emploi. Non aux attaques répétées contre les budgets de l'Education Nationale et de la Culture qui devraient être sanctuarisés. Finalement, qui en sort bénéficiaire ? Ceux qui n'ont pas besoin de l'action de l'Etat pour que leur situation soit meilleure. Et pendant ce temps-là, ceux qui vivent grâce à l'Etat passe leur temps à lui taper dessus. Engagement contre le désengagement de l'Etat qui, dévalorisant le terme noble de rigueur, fait de l'anti-gaspillage une arme de destruction massive de la solidarité nationale.



* Do you speak eurovision ? 

    Plus anecdotique, quoique... France, two points. La France, deux points. Mais si, vous savez, l'eurovision, ce truc ringard dont tout le monde se fiche et qu'on n'a pas été capable de gagner depuis longtemps... Le candidat Français va chanter en Anglais... So what ?

    Tenir compte de la domination de l'Anglais, c'est du réalisme. Parler de nombreuses langues étrangères et maîtriser la langue anglaise plutôt que baratiner du Franglais, très bien. Aimer de nombreux artistes anglo-saxons comme c'est mon cas et le cas de tout le monde ne signifie pas une capitulation linguistique sur l'autel de saint-English. Les termes sont un peu forts ? Je ne trouve pas. Face à l'appauvrissement mondial des richesses de la langue (voir l'étude du linguiste Claude Hagège sur ce sujet), cet exemple anecdotique de l'eurovision est symptomatique d'une tendance plus générale: abdiquer par facilité et par fatalisme, hein, pfff, à quoi bon. Pourtant, ce n'est ni du nationalisme fermé ni du patriotisme obtus. C'est juste la défense de la diversité et du patrimoine commun. D'autres pays ont gagné en chantant dans une langue qui n'est pas l'Anglais et qui, en plus, est quantitativement  moins parlée que notre patois hexagonal. Le candidat Français devrait donc chanter en Français. What else ?

    Ce n'est pas le combat d'arrière-garde d'un académicien grisonnant en manque d'indignation sélective. La diversité linguistique est une richesse, elle se défend. Comme les Québecois, les Romands, les Walons et les Francophones du monde entier, on doit défendre notre langue comme marque d'une culture propre et d'une singularité à préserver dans un monde aux identités mouvantes. Contre le repli sur soi face à l'acceptation d'une hégémonie subie, la défense du Français c'est aussi un peu la volonté de témoigner des spécificités de chacun. "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis", Saint-Exupéry. Engagé contre le désengagement et le fait d'abdiquer devant la pusillanimité du bling-bling ambiant. Mince, un anglicisme ;-) !

par Grutman
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Vendredi 11 avril 2008
Pourquoi pas être plus offensif sur le Tibet ? Rien à perdre, tout à gagner !

Pourquoi pas espérer que l'OM et l'OL se rencontrent l'année prochaine en finale de la ligue des champions ?

Pourquoi pas penser que voir loin évite de se marcher sur les pieds ?

Pourquoi la vache qui rit rit ?

Pourquoi je ris, pourquoi je pleure, pourquoi je vis, pourquoi je meurs ?

Pourquoi, avec des matières si intéressantes, on n'a pas le temps d'approfondir ce qu'on préfère et c'est frustrant ?

Pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi t'es comme ça ? Pourquoi tu veux pas, sortir avec moi, oooooh Vanessa ?

Pourquoi Jérusalem ne sera pas la capitale d'Israël tant qu'elle ne sera pas la capitale de l'Etat palestinien ?

Pourquoi Thierry Gilardi est-il mort si tôt ?

Pourquoi j'aurais aimé être con (mouais mouais) et beau ?

Why "porque" es una palabra cuyo sentido no tiene nada especial ?

Pourquoi ces photos méritent-elles des commentaires ?


 




Pourquoi pas ? A vos commentaires !
par Grutman
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Dimanche 30 mars 2008

Variations zinsolite

 



par Grutman
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Vendredi 21 mars 2008

1) Lisons

Echos du salon du livre.

Beaucoup d'écrivains ;-) :

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Nolwenn Leroy

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Laurence Boccolini

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Dédicace à Calinemo: Bixente Lizarazu

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Le professeur Rollin

Mais bon, il y avait quand même des écrivains:

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Régine Deforges

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Marc Levy

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Jean-François Kahn

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Régis Debray

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Un pseudo-philosophe et son rejeton

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François de Closets

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Danielle Mitterrand

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Un dernier écrivain, juste pour le plaisir: Astrid Veillon. Suffit-il d'écrire pour être écrivain ??? Non ! Mais pour être invité au salon du livre, oui.

N'est-ce pas François Léotard et Maud Fontenoy ???

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Et plein d'autres: Philippe Delerm, Azouz Begag, Françoise Fabian, Amélie Nothomb, Patrick Rotman, Pierre Milza, Raphaëlle Bacquet... etc. Je suis reparti avec deux bouquins, je vous laisse deviner lesquels.


2) Elisons

Quelques brefs commentaires sur les scrutins des municipales et des cantonales.



* D'abord la partcipation. Elle a été basse, à la fois en comparaison avec les élections précédentes mais surtout, avec ce qu'elle devrait être pour deux scrutins locaux qui touchent directement et concrètement la vie quotidienne de tous. L'abstention peut être, dans une certaine mesure, significative ; mais il reste que ce qu'on en retient, c'est une démobilisation par rapport aux présidentielles et législatives.

* Sur le sens à donner au scrutin, je pense que c'est autant une sanction de la droite qu'une victoire de la gauche, un vote d'adhésion sur des enjeux locaux autant qu'un vote de mécontentement national. Une fois qu'on a dit ça, on se doit de constater le rapport gauche/droite: 49,5/47,5 aux municipales et 51/45 aux cantonales. La victoire est donc clairement à gauche, avec les symboles de Toulouse, Strasbourg, Reims, Blois et Caen (entre autres), sans oublier les conseils généraux qui passent du côté obscur au côté sinistre (étymologiquement...) comme la Corrèze grâce à François Hollande.

* Un point m'a marqué: l'argument particulièrement peu convaincant d'une partie de la droite qui est, en résumant, "les électeurs ont voté comme ça car ils veulent plus de réformes". Le culot ne leur fait pas peur et pour paraphraser Danton, c'est "de l'audace, toujours de l'audace, encore de l'audace". Qui peut croire sérieusement à ce propos ? Si je suis d'accord avec la politique menée, je vote pour les candidats qui la défendent. Or, si ceux qui la critiquent sont majoritaires, c'est bien que le peuple n'a pas voulu leur donner un chèque en blanc mais transmettre un message. Fillon devrait enlever ses boules quies et Sarkozy utiliser audispray !!! Les explication vote local vs vote national sont défendables mais ne prenons pas les gens pour des idiots. Avec ce genre de déclarations, ils se décrédibilsent totalement. Reconnaître un reflux (ou une défaite, comme chacun préférera), c'est bien plus de l'honnêté que de nier une réalité mathématique.

* Au rayon des bonnes nouvelles, la réélection haut la main de Martine Aubry, la personnalité politique que je préfère avec Strauss-Kahn. Autres bonnes nouvelles: les raclées de Rama Yade et Nadine Morano (qui a été bien récompensée de sa branlée à Toul), sans oublier la victoire du PS dans des bastions communistes après des années de gestion PCF parfois sclérosante (Montreuil), souvent de qualité (conseil général de Seine-Saint-Denis). On plume la volaille du Colonel Fabien, pour le meilleur (le renouvellement) et pour le pire (piétinement du principe de désistement républicain). Seul bémol: la réélection de Gaudin. Pas principalement car il est de droite mais parce qu'il illustre tout ce que je déteste: une gestion clientéliste dans le mauvais sens du terme, une politique de ségrégation socio-spatiale vis-à-vis des quartiers nord de Marseille et un affairisme politico-financier qui ne sent pas très bon du tout. Espérons que la prochaine fois, Jean-Claude soit mis à la retraite d'office !

* Un élément m'a énervé et continue de m'énerver: la critique de la stratégie et du positionnement de Bayrou. Je ne suis pas centriste, le MoDem ne m'attire pas et plus que jamais, je reste fidèle à mes idées. Mais lui tomber dessus systématiquement parce qu'il propose une offre politique innovante est stupide. En quoi est-ce un problème de gérer Bordeaux avec la droite (avec un très bon maire et une personne estimable comme Juppé) et Dijon, Grenoble ou Lille avec la gauche ? Les choix locaux priment et le pragmatisme est tout à l'honneur du MoDem (pardon le Guili Guili, dixit les Guignols lol). Plus sérieusement, il est vrai que cela se fait peut-être au détriment de la lisibilité des choix politiques, qui devra être éclaircie au point de vue national. Mais je crois que Bayrou a raison: le centre ne sera fort et crédible que s'il est indépendant et non pas s'il reste ce qu'il a toujours été jusqu'à présent, inféodé à la droite. C'est une démarche novatrice, courageuse et originale. Sera-t-elle viable ? L'avenir le dira. Au moins, il essaie quelque chose, défend des convictions sincères et fait souffler un vent de recomposition qui aère le paysage politique. Entre les deux tours, on le courtisait. Après le second, on se fout de sa gueule. Un peu de constance ne nuit jamais et plutôt que de ricaner à son propos, la droite devrait entendre le message des Français et la gauche hâter sa reconstruction et sa rénovation sur des base saines: fidélité aux valeurs, adaptation des instruments. 

* Plus généralement, deux petites "réflexions".

- à propos de la réduction du champ des possibles. Ceux qui me connaissent savent que je suis un réaliste et que l'utopisme forcené n'est pas forcément ce qui me caractérise le plus. Cependant, quand on est un progressiste, on ne peut qu'être insatisfait de la réduction de l'horizon politique. Ceci à deux points de vue. Le premier, celui de nature de l'offre politique. Je suis pour une organisation bipolarisante mais pas pour un système bipolaire. Le multipartisme, c'est la respiration de la démocratie. L'atomisation des partis autres que l'UMP et le PS n'est pas une bonne chose à mes yeux, ni pour le pays ni pour ces partis. Ils doivent être suffisamment forts pour que le pays soit gouvernable mais pas hégémoniques pour que le système politique soit représentatif de la réalité de l'électorat. Or, j'ai l'impression que c'est de moins en moins le cas. Second point de vue, le contenu de l'offre politique. Bien sûr, il ne faut promettre que ce que l'on peut tenir. Mais tout de même, qu'est-ce que la politique sinon l'espoir du changement ? Réalisme et pragmatisme ne sont pas dans mon esprit synonymes de politiques timorées et adeptes du consensus mou. Ils sont plutôt les leviers d'une réele transformation, progressive et dans la durée, des conditions de vie des citoyens. La gauche doit donc toujours être ambitieuse, conserver cet espoir de transformation et, tout en étant réformiste, ne pas être gestionnaire d'un système pour un ressenti peu différent de la part des gens. La politique, c'est le changement et l'invention du possible. 

- enfin, le court-termisme et le bougisme ambiants m'agacent. Bien sûr, le "carpediemeur" que je suis pense que dans la vie en général, il faut vivre au jour le jour et profiter des moments présents. Mais en politique, on gouverne pour l'avenir, "gouverner, c'est prévoir". Or, yeux rivés sur les sondages, communication à tout crin au détriment du fond, agitation médiatique plus que recherche de solutions aux problèmes des gens... Tout ceci me semble être le symptôme d'un pays qui se cherche, une société de défiance où tous les moyens sont bons pour persuader plus que pour convaincre. Bien sûr, il y a des aspects positifs dans certains domaines: la logique de plurinannualitré entre de plus en plus dans le champ de l'action publique. Mais où sont les visions de long terme basées sur un projet de société solidaire et fraternel ? Quelles sont les solutions concrètes face à l'agitation et au zapping, qui fait que l'on passe d'un problème à un autre sans le résoudre mais en communiquant dessus ? C'est vrai qu'en ayant élu ce président-là, on encourage ce mouvement latent, qui n'est évidemment pas présent qu'en France. Raison de plus pour que l'opposition d'aujourd'hui, j'espère majorité de demain, agisse de manière inverse: en revenir aux réalités (les chiffres), donner à voir sur la longue période (quels objectifs d'après quel système de valeurs) et montrer l'incohérence injuste et inefficace de l'adversaire (loi TEPA, politique étrangère, politique d'immigration, réforme des retraites...). Vaste programme.

Réagissez, commentez, débattons !!!

par Grutman
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Mercredi 12 mars 2008

En ces temps sarkoziens, beaucoup de gens (disons au moins 47%) sont contre. Mais ils sont pour quoi au juste ? Voici une modeste contribution à ce qu'on appelle la refondation de la gauche, pistes pour une reconstruction qui, bien entendu, n'engagent que moi.

 

Etre de gauche, AUJOURD'HUI, c'est réaffirmer des principes

* C'est en premier lieu partager un socle commun de valeurs: bien sûr celles de la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité ; mais aussi la solidarité, la lutte contre toutes les formes de discrimination, l'union de l'économique et du social au service du progrès ou bien encore l'internationalisme. C'est en être fier, ne pas les renier ou les brader par opportunisme (suivez mon regard...), et s'efforcer qu'elles irriguent les politiques que l'on promeut. C'est aussi refuser les injustices, la fatalité de la naissance et être fier de ses "colères saines".

En arrivant à Paris, l'une des choses qui m'a le plus choqué, c'est la quasi indifférence pour les SDF, que l'on croise tous les jours et que l'on considère comme des cartons faisant partie du paysage. Etre de gauche, c'est ne jamais perdre sa capacité d'indignation face aux injustices intolérables.

* C'est en deuxième lieu être fier d'un héritage qui va, si on simplifie, de 1789 à Jospin, en passant par le républicanisme de la IIIème République, la Résistance d'une minorité du peuple de gauche sous l'occupation, ainsi que les changements profonds et structurels effectués sous les gouvernements de gauche avant et depuis 1981 (suffrage universel, école publique obligatoire, laïque et gratuite, loi de huit heures, congés payés, abolition de la peine de mort, lois Auroux, RMI, CSG, CMU, parité, PACS, 35 heures et tant d'autres progrès encore).

La France d'aujourd'hui n'est pas seulement l'héritage de la gauche, mais dans ce qu'elle a de mieux, elle en est largement la fille.

* C'est en troisième lieu être conscient de ses insuffisances, de ses erreurs, de ses fautes.

De ses insuffisances d'abord, quand sa volonté réformatrice s'émousse face aux sirènes de l'excès de réalisme ; quand son surmoi gauchiste la complexe au mépris de la réalité qui lui donne la plupart du temps raison face au jusqu'au boutisme stérile ; de même quand le discours dominant la pousse vers le centre alors que c'est au centre de se rapprocher d'elle.

De ses erreurs ensuite, quand jusqu'en 1983 elle croit possible de faire contre alors que pour faire mieux, il faut à la fois faire avec et faire contre ; quand elle n'est pas capable de mettre son veto en Europe contre la libéralisation de l'énergie sous le gouvernement Jospin ; quand une partie d'entre elle pense que la lutte s'effectue prioritairement entre les "deux gauches" alors que si le débat doit avoir lieu, l'adversaire commun reste l'extrême droite d'abord, la droite ensuite.

De ses fautes enfin, quand son establishment se compromet massivement dans la collaboration sous l'occupation nazie ; quand elle couvre ou participe à des crimes d'Etat lors de la guerre d'Algérie ; ou bien encore quand elle est impuissante à intervenir face aux génocides au Rwanda et en Bosnie.

 

Etre de gauche, AUJOURD'HUI, c'est faire des propositions concrètes

Ces propositions sont un condensé du programme de la gauche aux dernières élections et de préoccupations qui sont les miennes mais qui peuvent, je pense, en rassembler beaucoup.

* Dans le domaine économique et social, qui doit rester la priorité de la gauche (la gauche "sociétale" est une impasse, un bien faible paravent qui cache le ralliement massif aux idées de la droite sur le plan économique et social), les pistes sont nombreuses. Le logement est une question cruciale aujourd'hui, avec l'augmentation des prix de l'immobillier. En voici quelques autres exemples:

- la conditionnalité des aides économiques à des clauses sociales: une entreprise qui délocalise ses activités et qui aura perçu des aides de l'Etat devra les rembourser. Plus globalement, une réflexion sur l'efficacité des dispositifs d'allègements de charges, qui grèvent les budgets, serait utile pour évaluer l'utilité de tels allègements. Pour faire simple, il n'est pas admissible que l'argent du contribuable serve aux patrons les moins scrupuleux.

- une refonte du système fiscal français, démesurément complexe, inintelligible et injuste. Mettre fin à la primauté donnée à la compétitivité sur la redistribution pour au contraire montrer que la seconde peut être un levier de la première. Pêle-mêle: fusion des deux administrations du recouvrement de l'impôt, réforme d'ampleur de la fiscalité: abrogation des boucliers fiscaux, meilleure progressivité de l'impôt sur le revenu, modulation de l'impôt sur les sociétés selon l'arbitrage effectué par l'entreprise entre une utilisation en réinvestissement ou le choix d'une logique actionnariale, retour à la TIPP flottante pour diminuer la facture pétrolière des ménages, pérennisation de la prime pour l'emploi, suppression progressive des "niches fiscales" injustifiées...

Le budget de l'Etat est en déficit, on nous l'assène suffisamment. Le gouvernement doit donc maîtriser ses dépenses par une gestion rigoureuse des fonds publics et une évaluation de ses missions ; mais il doit aussi réexaminer la nature et l'ampleur de ses recettes pour conserver son rôle de régulateur du social, durement mis à mal par les désengagements successifs de la puissance publique.

- ces choix illustrent une conception qui se veut moderne et solidaire, un "capitalisme progressiste" dans lequel le développement durable n'est ni un slogan ni un sujet de colloque mais une préoccupation première, où l'économique n'agit pas contre le social comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui, mais où les pouvoirs publics le régule, l'encadre et le corrige pour construire une société plus riche et plus juste. Appelons-cela le "donnant-donnant" ou tout simplement, un socialisme réformiste, pragmatique et antilibéral, au sens où le marché doit être cantonné dans la sphère où il est efficace mais ne pas envahir une société qui deviendrait "de marché". Un socialisme soucieux avant tout de la situation sociale indigne d'un pays aussi riche que le nôtre.

La redistribution, l'intervention publique et le rôle des fonctionnaires doivent à cet égard être réhabilités non seulement en pratique, mais aussi dans le combat des idées face à une offensive sans précédent des valeurs de la droite sur ces questions.  

* Pour ce qui est des questions de société, trois exemples me paraissent emblématiques:

- la politique d'immigration: face à la démagogie et à l'exploitation politicienne de ce sujet, la gauche doit promouvoir une politique généreuse et ferme. Dans l'esprit des lois Chevènement de 1998, avec la régularisation de tous les sans-papiers en situation de ni-ni (ni régularisables, ni explusables), il faut éviter deux écueils: d'une part, la logique du chiffre et de l'immigration vue dans son aspect strictement économique telle qu'elle est pratiquée par Sarkozy ; et d'autre part, la politique sincèrement altruiste mais faussement solidaire d'une partie de la gauche (fort libérale en l'occurence...) qui voudrait ouvrir complètement les frontières alors que cette politique ferait des immigrés les premières victimes de ce système.

Cessons de débattre de ce qui n'est pas un problème mais un paravent électoraliste. Alors on pourra aborder le vrai problème de fond, pour ceux qui sont là et ceux qui en sont les descendants, à savoir les discriminations subies au quotidien.

- la lutte contre les discriminations doit en effet être une préoccupation majeure. A ce titre, la création de la HALDE sous le gouvernement Villepin et la nomination (symbolique) de ministres aux profils plus divers par le président actuel vont dans le bons sens. A l'inverse, l'absence de décolonisation des esprits, la perpétuation des stéréotypes xénophobes et la ghettoïsation spatiale doivent être combattus avec la plus grande force (meilleure connaissance de l'Histoire, choix symboliques et politiques forts, application de la loi SRU sous peine de sanctions financières lourdes en sont quelques exemples).

La lutte contre les discriminations, c'est aussi considérer que Mamadou ou Hassan ne sont ni plus ni moins Français que Robert. C'est comprendre que si la diversité du feuillage est une richesse, les notions "d'intégration" et de "français de souche" sont à bannir. Ces gens ne demandent qu'à être considérés, à être considérés comme des Français comme les autres, avec leurs caractéristiques propres ; ils n'ont donc ni plus ni moins que les autres à "s'intégrer" puisqu'ils sont aussi Français que vous et moi. Ils doivent en revanche dans un double mouvement simultané être inclus par la société et faire le nécessaire pour cela.

- l'éducation sur laquelle on ne doit rien lâcher pour permettre une réelle égalité des chances. Elle doit rester la clé de voûte de la société française, et ne pas être piétinée par d'autres logiques (à ce titre, je suis contre la suppression de la carte scolaire, pour son aménagement seulement s'il y a lieu et dans certains cas). L'ambition éducative passe par un service public de la petite enfance (école obligatoire dès 3 ans), c'est à la racine qu'on peut lutter contre les inégalités, et par la réduction à 15 élèves par classe dans les établissements classés en ZEP. Cela suppose un investissement budgétaire massif, on est effectivement loin du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux et de la politique à courte vue de Xavier Darcos...

L'enseignement supérieur, parent pauvre de l'éducation, comme la recherche, doivent être soutenus budgétairement de façon prioritaire. L'économie de la connaissance, face à la concurrence internationale, est la seule façon de maintenir son rang. Ce n'est pas par une illusoire et dangereuse adaptation aux canons de la mondialisation que la France en tirera partie (à quoi sert-il de courir face aux coûts de production chinois ???), mais en gagnant par sa valeur ajoutée propre, illustrée par une productivité des salariés record en Europe, un territoire attractif grâce à un environnement institutionnel et des infrastructures de qualité, ainsi bien entendu qu'une main d'oeuvre qualifiée et opérationnelle grâce à une bonne employabilité. Il aurait aussi fallu faire un sort aux questions d'insécurité et de culture, mais il n'est pas possible de tout traiter ici. Elles sont également primordiales en termes de cohésion sociale du pays.

* En termes de politique internationale, le compromis gaullo-mitterrando-chiraquien, avec lequel le sarkozysme est en rupture, qui fait que la voix de la France a un poids et résonne différemment parmi celles des pays occidentaux, doit être défendu et prolongé. Indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis, amitié ne veut pas dire alignement ; dialogue des cultures et refus de la logique infondée et dangereuse de "l'antagonisation" des relations internationales ; engagement pro-européen réaffirmé, mais non subordination à un modèle fédéraliste et supranational qui voudrait s'imposer aux Etats-Nations ; promotion d'une diplomatie des principes mais en conformité avec la réalité: cesser de donner des leçons à tout le monde quand soi-même on n'est pas exemplaire ; continuer à défendre mieux dans les paroles et plus dans les actes les droits de l'homme, le multilatéralisme et un système mondial plus juste. Quelques exemples de changements diplomatiques qui me paraissent souhaitables :

- rupture immédiate des relations diplomatiques avec Israël tant que l'Etat hébreu ne se sera pas retiré des territoires occupés qu'il colonise illégalement depuis 1967. Si un autre Etat se permettait le quart de ce que se permet Israël (mur de la honte, humiliations quotidiennes, terrorisme d'Etat au Liban...), la "communauté internationale" ne laisserait pas faire. C'est pourquoi la France, eu égard à son amitié ancienne avec Israël (c'est grâce à notre pays que l'Etat hébreu s'est doté de l'arme atomique, entre autres...) et à son souci constant de défendre les droits légitimes et bafoués du peuple palestinien, doit frapper un grand coup. Notre pays doit cesser ses psalmodies incantatoires pour que la vie côte à côte de deux Etats, en paix et dans des frontières viables, devienne enfin réalité.

- pressions politiques fortes, et pourquoi pas cessation de l'achat de matières premières (pétrole et gaz) et d'investissements étatiques,  en Algérie tant que le régime en place ne reverra pas sa position sur une question qui empoisonne la politique au Maghreb, et qui a des conséquences jusqu'en Afrique Subsaharienne. L'Algérie doit cesser son soutien financier, diplomatique et logistique à la fantoche RASD, pour permettre la réintégration pleine et entière du Sahara Occidental en tant que province du sud du royaume marocain. Les modalités de solution du conflit, large autonomie sous souveraineté marocaine, sont connues ; mais comme au Proche-Orient, les acteurs s'évertuent à répondre aux problèmes en en créant de nouveaux. Cette question peut paraître anecdotique au regard d'autres (le terrorisme, le chômage endémique, la corruption), elle est loin de l'être. Ce conflit latent et feutré empêche tout progrès sérieux dans l'Union du Maghreb Arabe, ce qui se chiffre en millions d'euros de pertes économiques pour la région (la frontière entre les deux pays reste fermée, ce qui est absolument surréaliste) ; il divise deux pays qui devraient tout faire pour s'entendre et peser sur l'autre rive de la Méditerranée ; au Maroc, il entraîne une dépense budgétaire énorme, en termes de défense en particulier, argent qui pourrait être utilisé ailleurs de façon bien plus utile (lutte contre l'analphabétisme notamment). La France, alliée traditionnelle du Maroc et paraît-il amie de l'Algérie, doit faire que cela cesse en arrêtant de ménager les susceptibilités, et en disant haut et fort les vérités sur le sujet.

Cette région a suffisamment d'autres problèmes à solutionner et demeure trop stratégique pour notre pays comme pour l'Occident tout entier pour tolérer que la stupidité du régime d'Alger sur cette question continue indéfiniment à enliser dans les sables des provinces du sud marocain un conflit vieux d'un demi-siècle.

- de façon générale, cesser le double discours et la logique du "deux poids-deux mesures" qui ruinent tant l'image de notre pays que les efforts des démocrates et des progressistes des pays en voie de développement. Une politique étrangère ambitieuse, réaliste et utile permettrait à la France de (re)trouver un prestige et une place de choix dans le concert des nations (je pense ici notamment à l'attitude face aux crimes de la Russie de Poutine en Tchétchénie, à la famine organisée au Darfour ou à la Chine et son négationnisme sur le Tibet).

 

Etre de gauche, AUJOURD'HUI, c'est être un opposant crédible et constructif

Enfin, la partie la moins longue de ce (long) développement: que faire dans le présent ?

- être un opposant crédible, autrement dit ne pas promettre de "raser gratis" vu l'état des finances publiques telles qu'elles sont gérées par la droite. S'opposer frontalement face aux régressions actuelles (réforme idéologique des régimes spéciaux sans prise en compte de la pénibilité, focalisation sur l'âge de la retraite alors que le fond de la question réside dans un taux d'emploi des plus de 50 ans insuffisamment élevé, politique judiciaire du tout-répressif alors que tout le monde devrait s'accorder sur la priorité absolue donnée à la prévention...). Il ne faut pas abdiquer ; ce n'est pas parce que Nicolas Sarkozy a été élu que tout lui est permis. Quand la gauche est au pouvoir, la droite joue son rôle d'opposition et c'est bien normal. Quand c'est l'inverse, la gauche doit être plus audible qu'elle ne l'est aujourd'hui, offensive pour proposer des alternatives crédibles aux politiques iniques mises en place actuellement.

- être un opposant constructif, c'est-à-dire ne pas être sectaire. Saluer les bonnes initiatives, applaudir à une bonne décision, soutenir un projet qui va dans le bon sens. Tout cela, ce n'est pas renier ses convictions, c'est la mise en pratique de ce beau mot de compromis. Une décision ou une action qui émane de la droite, si on la juge bonne (ce qui pourrait sortir du Grenelle de l'environnement, la loi sur le droit au logement opposable, le crédit impôt-recherche), ne doit pas être rejetée par principe. Jeter le bébé avec l'eau du bain est aussi bête que contre-productif. C'est vrai qu'en ce moment, le positif est dur à trouver... Mais le systématisme et le simplisme étant des syllogismes pour imbéciles, cela ne doit pas enfermer la gauche dans une attitude de refus en bloc et d'enfermement sur elle-même.

 

Finalement, être de gauche, c'est un passé, un présent et un avenir. C'est plus qu'une opinion politique, c'est un choix de vie. D'autres en font des différents, tout aussi respectables. J'attends vos réactions, commentaires et/ou critiques.

par Grutman publié dans : grutmansuisse
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