Mardi 9 juin 2009





















 

Des élections européennes au goût amer

 

Que dire des résultats des élections européennes pour l'ensemble du continent ? Deux mots résument mon sentiment: déception et espoir.

Déception car dans l'ensemble de l'Europe, les gauches sont à la peine (spécialement le PSE, seuls les écologistes sauvent la mise). La droite progresse presque partout (seule l'Espagne résiste, alors que Berlusconi triomphe en Italie et que l'Allemagne demeure bien Merkelisée). Au moment même où la crise économique donne toute sa pertinence au crédo de la gauche (régulation et efficacité économique au service de la justice sociale), ce sont les forces conservatrices et libérales, largement responsables des choix qui ont amené à la crise, qui l'emportent partout en Europe.

Mais espoir, le masochisme ayant ses limites, les citoyens européens sauront tôt ou tard je l'espère (le plus tôt possible, s'ils tiennent au modèle social...) faire un autre choix et renvoyer ces résultats à un mauvais souvenir appartenant au passé. Espoir aussi que lors du prochain scrutin, d'autres enjeux seront tranchés: quel horizon politique, fédéralisme ou non (pour moi, c'est non) ? Quelle politique internationale, Europe puissance ou non (pour moi, c'est oui) ? Etc

Déception car l'abstention record, pour un scrutin pourtant déterminant dans la vie quotidienne de chacun, témoigne à la fois du scepticisme européen et de l'incapacité à mobiliser sur un enjeu pourtant crucial. Le rôle des médias est important: désintérêt pour l'Europe. Le rôle des politiques également: incapables de mobiliser l'électorat. Parce que la politique européenne a eu jusqu'à présent des incidences positives (fonds structurels, PAC, euro...), les peuples devraient être moins ingrats. Parce que la politique européenne a eu des implications négatives (libéralisation débridée, moins disant social, logique fédéraliste sans prise en compte des votes des citoyens...), les peuples devraient se saisir de leur bulletin pour réorienter la construction européenne vers une Europe plus juste.

Mais espoir car cela montre que ceux qui seront capables de mobiliser les abstentionnistes (les jeunes: 80% ! Mais également les classes moyennes et populaires) auront la possibilité de dessiner un autre avenir pour une Europe plus fraternelle et équitable.


Une fois un bilan européen dressé, quels enseignements peut-on tirer d'un point de vue national ?

- l'UMP est arrivée en tête. Et après ? 28%, c'est trois points de moins que le score de Sarkozy au premier tour des présidentielles de 2007, et beaucoup moins que les autres droites européennes. Alors que ce parti a laminé le reste de la droite (mis à part Libertas), la performance n'a rien d'un succès: dans un scrutin à deux tours, il ne dispose pas d'un réservoir de voix suffisant pour rester majoritaire. Certes, c'est un score plus qu'honorable pour une majorité en place depuis deux ans et qui fait face à une crise économique majeure. Mais ses zélés porte-paroles aux cheveux longs feraient mieux de ne pas oublier que rassembler le quart des votants quand on a derrière soi la quasi-totalité des institutions nationales (le total de la gauche atteint plus de 45%), ça n'a rien d'un triomphe. De plus, l'électorat de droite vote, contrairement à l'électorat de gauche qui, en moyenne et particulièrement lors de ces éléctions européennes, s'abstient plus. Donc un peu d'humilité et de lucidité sur la réalité des résultats...

- le PS est la seconde force politique, mais avec un score décevant d'à peine plus de 16%. Quand on souhaite représenter la force d'alternance à la droite, on ne peut qu'être déçu d'un tel score. Comment peut-on l'expliquer ? La personne de Martine Aubry n'est pas en cause, elle assume son rôle de première secrétaire du mieux qu'elle le peut. Ségolène Royal non plus, qui se comporte en opposante ferme à Sarkozy et sur qui le PS peut compter quand il faut afficher l'unité face à la droite. Sans doute un parti qui, collectivement, a perdu sa boussole alors que sa ligne est précisément celle qui peut sortir l'Europe de l'ornière. Tirant les leçons de l'échec du blairisme et de la troisième voie, évitant les reniements d'autres partis sociaux-démocrates européens tout en renonçant à brader son réformisme radical face aux partis situés sur sa gauche, la ligne devrait pourtant convaincre, au moins 20 à 25% des votants. Tel n'a pas été le cas. Je ne crois pas à la faillite de l'antisarkozysme. Ce n'est pas là une posture mais une conviction: quand on est contre le bouclier fiscal, contre la politique du chiffre dans le domaine de la sécurité (alors que l'insécurité augmente), quand on ne partage pas l'approche de la politique de l'immigration, quand on n'est pas d'accord avec la politique étrangère, que faire sinon s'opposer ? Ca s'appelle le jeu de la démocratie. En revanche, sans doute les listes d'Europe Ecologie et du Front de Gauche ont elles conquis des électeurs déçus du PS. Sans aucun doute, un nombre non négligeable d'abstentionnistes se situent politiquement proches du PS. Mais au-delà des erreurs de stratégie ou des cicatrices du proche passé, il faut tirer les leçons de cette contre-performance: un parti incapable de mobiliser son électorat et inapte à montrer que ses réponses face à la crise sont à la fois justes et efficaces, c'est un parti qui a encore un long chemin à faire pour redevenir un pôle d'attraction. A cet égard, je pense que la faiblesse de ce score n'est pas bonne pour la gauche dans son ensemble. Les plus radicaux ne doivent pas oublier que, qu'ils soient eux-mêmes faibles ou en position de force, quand le PS est affaibli, c'est toujours la droite qui en ressort gagnante.

Europe écologie talonne le PS et réalise un très bon score. On peut y voir des aspects positifs (prise en compte de l'enjeu du développement durable par un vote citoyen, réserve de voix pour la gauche de gouvernement, vote pour une liste qui a réellement fait une campagne européenne et non nationale...), mais personnellement, je reste sceptique. Quelle cohérence idéologique entre l'altermondialiste Bové, le libéral social Cohn-Bendit et la centriste Eva Joly ? 25% des électeurs ayant voté pour cette liste se disent de droite et 16% d'entre eux ont voté Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle ! Cette plate-forme hétérogène peut paraître séduisante par son thème consensuel mais la démocratie, c'est le clivage et non pas le pseudo accord dans un magma écolo-bobo. Il faut distinguer les déterminants conjoncturels (personnalité des leaders, diffusion du film Home vu par près de 10 millions de téléspectateurs...) de la logique structurelle: l'affirmation d'un socle écologiste mais pour quoi faire ? Si c'est pour se mettre d'accord avec la gauche et le centre pour battre Barroso, OK. Si c'est pour fêter le temps d'une élection un triomphe éphémère, la droite au pouvoir a encore de beaux jours devant elle...

- le Modem atteint un peu plus de 8%, soit la moitié seulement du vote Bayrou à la dernière présidentielle. Cette contre-performance ne me réjouit pas. Je ne partage pas leurs idées mais la famille démocrate-chrétienne hier, centriste aujourd'hui, est une famille respectable qui est au coeur du projet européen et qui a le courage de s'opposer au libéral-conservatisme sans aller à la soupe comme tant d'autres caramels mous. Et comme tout ce qui affaiblit les opposants à Sarkozy renforce le même Nicolas, il n'y a là rien de bon. Sans doute le Modem a-t-il pâti d'une stratégie trop personnalisée et du dérapage de son chef lors des derniers jours de campagne. Sans doute également son positionnement mouvant, alors que sa famille a longtemps gouverné avec la droite, n'est pas compris ou jugé peu crédible. En tous les cas, la médiacratie ferait bien de cesser ses jugements définitifs sur le Modem, bien trop teintés d'auto-satisfaction sarkozyste rentrée. Une défaite est provisoire, et l'avenir dira si la stratégie du Modem de rupture avec la droite et de rapprochement avec le centre-gauche est pertinente sur le fond et payante dans les urnes. 

- le Front de gauche devance le NPA, et totalisent à eux deux 12% des suffrages. La gauche radicale et l'extrême gauche représentent toujours une force conséquente en France. Le pari de Mélenchon et Buffet semble gagnant, même si je ne sais pas si eux-mêmes savent avec qui changer les choses (le PS et/ou le NPA). Quant au parti de Besancenot, il a fait une bonne campagne, essayant de ramener le débat sur les vrais enjeux: l'Europe au prisme de la crise économique et sociale. Même s'il arrange Sarkozy, le PS devrait se réjouir que le mouvement social reste puissant et être plus conscient que jamais du fait que, s'il doit montrer ses convergences et assumer ses désaccords avec la gauche radicale et l'extrême gauche, il ne peut gagner seul et doit entendre le message que véhicule le vote pour ces listes situées sur sa gauche.

- pour le reste, Libertas et le FN sont encore beaucoup trop hauts mais l'OPA sarkozyste est passée par là, ce qui explique en partie leurs scores et la déception des Le Pen et autres de Villiers.

Un sentiment très mitigé donc. Les prochaines élections seront les régionales en 2010. D'ici là, Nicolas Sarkozy aura réglé les problèmes de la France et du monde. Ou pas. Une gauche offensive aura d'ici là émergé, et après le scrutin, les médias titreront sur l'usure du pouvoir sarkozien après 3 ans d'inefficacités économiques et de régressions sociales.

Enfin, j'espère...

Par Grutman
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Mercredi 1 avril 2009


























 

 

 

 
























































 

 

 

 

 






































Jeune Afrique
n°2513, retranscription de l'article écrit par Roger Cohen dans le
International Herald Tribune


L'Iran, les Juifs et Israël

"Ainsi, le Jerusalem Post estime que je ne suis pas « le premier Américain à se faire berner par la présence de synagogues dans un régime totalitaire ». Jeffrey Goldberg, de l’Atlantic Monthly, me juge « particulièrement crédule ». Il pense que je me suis laissé abuser par l’hospitalité et l’affabilité iraniennes, qui sont « la marque de la plupart des sociétés musulmanes » (merci pour l’info Jeffrey). Un site Web conservateur, American Thinker, qui veut prouver que son nom est un oxymore, pense que j’aurais même pris pour argent comptant la propagande nazie à propos du camp de Theresienstadt.


Cette indignation est née d’un article sur les juifs iraniens (voir Jeune Afrique n° 2512). J’y écrivais que les 25 000 juifs d’Iran prospèrent dans une relative tranquillité ; que les juifs perses se portent mieux que les juifs arabes ; que l’hostilité à l’égard des juifs en Iran a parfois conduit à fabriquer des charges contre eux ; que, pour les tenants d’une vision caricaturale des « mollahs fous », tout compromis avec l’Iran serait un remake de Munich. Ce dernier point m’a été confirmé par le flot de lettres que j’ai reçues de la part de juifs américains outrés, incapables de résister à la tentation de comparer l’Iran et l’Allemagne nazie. Soyons clairs : la République islamique n’est pas un mini-IIIe Reich, ni même un État totalitaire. Munich a permis à Hitler d’annexer les Sudètes. L’Iran n’a pas mené une seule guerre de conquête depuis plus de deux siècles. Dans les régimes totalitaires, l’individu est entièrement soumis à l’État. Un seul parti est toléré, et toutes les institutions lui sont subordonnées. La société iranienne n’est certes pas libre et subit le joug d’un puissant appareil répressif. Mais l’Iran est loin de remplir les critères ci-dessus. Les marges de liberté – et même de démocratie – y sont significatives. Loin d’être « fous », les mollahs ont prouvé qu’ils savaient être flexibles.

 

Un exilé iranien, qui ne porte pas la République islamique dans son cœur, m’a écrit pour me dire que mon article sur la condition des juifs iraniens l’avait « ému aux larmes parce que j’avais écrit ce que nous sommes nombreux à vouloir entendre ». « L’Iran, a-t-il ajouté, est un pays qui est en train de revenir de sa ferveur extrémiste. Il est relativement stable et sa société civile est dynamique. Comme le dit mon père, qui vit encore là-bas, “c’est le pays le moins non démocratique de la région, hormis Israël”. » Cette notion de « post-ferveur » est très importante, de même que les compromis entre islam et démocratie auxquels est douloureusement parvenu Téhéran. Ils infirment la thèse d’un pouvoir fanatique et expliquent la condition des juifs. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de fanatisme, ou qu’il n’y ait pas eu de terribles crimes, comme l’attentat téléguidé par Téhéran contre le centre de la communauté juive à Buenos Aires, il y a quinze ans. Mais assimiler l’Iran au terrorisme est réducteur. Le Hezbollah et le Hamas ont évolué pour devenir de grands mouvements politiques largement perçus comme des forces de résistance face à un Israël enclin à abuser de sa puissance de feu. Il est urgent de réviser la perception que nous en avons et de rejeter toute vision caricaturale de l’Iran.


Il est bon de rappeler que les discours haineux et ultranationalistes ne sont pas l’apanage de Téhéran. Avigdor Lieberman, le tison raciste d’Israël, a sa place dans un gouvernement dirigé par Netanyahou. Cela n’est pas normal. Comme il n’est pas normal que des racistes démagogiques – quels qu’ils soient – invoquent à tort et à travers les crimes odieux des nazis, leurs maîtres à penser."

TOUT EST DIT, avec humour et ironie en plus... Respect monsieur Cohen.

Par Grutman
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Jeudi 12 mars 2009



On ne peut que lui tirer son chapeau. Brillant et d'une grande justesse:

Le président Sarkozy veut que la France réintègre le commandement intégré de l'OTAN, trente-trois ans après que le général de Gaulle s'est résolu à en sortir. Il l'avait annoncé à l'été 2007. Il s'apprêterait à le confirmer début avril. On nous donne comme explication : en 1966, c'était la guerre froide, tout a changé. Mais cela n'a pas de rapport. Ou c'est l'existence même de l'OTAN qui devrait être remise en cause.


Cette position originale au sein de l'Alliance faisait l'objet d'un large consensus dans l'opinion française. Elle était depuis longtemps admise des Américains, d'autant qu'elle n'avait pas fait obstacle à l'adoption d'arrangements pratiques pour la coopération entre la France et l'OTAN, ni même à l'engagement de la France chaque fois qu'elle le décidait, comme on l'a vu sur divers théâtres (Kosovo, Afghanistan...).

Alors pourquoi cette rupture ? On nous dit qu'elle va permettre à la fois de débloquer la défense européenne et d'"européaniser l'Alliance", et que nous aurons plus d'influence. Peut-on croire que la concrétisation de la défense européenne se soit ainsi seulement heurtée à la méfiance de nos partenaires européens envers les arrière-pensées de la France, et qu'il suffirait de les rassurer ? A aucun moment les Européens n'ont manifesté d'appétence pour une défense vraiment européenne. Ils ne veulent pas consacrer plus de crédits à la défense. Ils ne veulent pas faire double emploi avec l'OTAN.


De Gaulle avait pris cette décision après huit années de demandes infructueuses auprès des Américains pour que les alliés européens puissent se faire entendre au sein de l'Alliance, et pour ne pas cautionner la nouvelle et dangereuse stratégie nucléaire de "riposte graduée". Par la suite, tous ses successeurs, de droite comme de gauche, ont respecté cette décision stratégique devenue la pierre de touche de la politique étrangère et de défense de la France.


Ils ne veulent pas non plus assurer des responsabilités trop risquées. Ils se cantonnent, sous le label de "défense européenne", à des actions périphériques ou secondaires menées comme une sous-traitance. Soit un classique partage du fardeau. Ils ne veulent
  pas irriter le Pentagone (qui déjà, au moment du Kosovo, avait détesté l'obligation de consultations entre alliés). Si la méfiance antifrançaise avait été autre chose qu'un prétexte, elle aurait été dissipée après le sommet de Saint-Malo il y a plus de dix ans, et un état major autonome pour concevoir et mettre en oeuvre la PESD aurait déjà vu le jour... Gageons que notre changement n'y changera rien. Ces avancées de la défense européenne nous ont déjà été présentées en dix mois comme une condition préalable, puis comme une démarche parallèle et maintenant comme une conséquence espérée de notre réintégration. Demain comme un regret ? Ou comme un leurre ? La défense européenne avançant sur deux pieds - l'OTAN et l'UE - évoque le mythique dahu !

Mais on met également en avant l'européanisation de l'Alliance qui découlerait de l'obtention de postes importants pour des Français dans la hiérarchie de l'OTAN, comme Jacques Chirac l'avait tenté en 1995-1997 avant de constater son échec et que le gouvernement Jospin ne stoppe cette tentative. On parle pour la France de commandements de moyenne importance à Norfolk et à Lisbonne. Mais de toute façon est-ce que la nationalité des officiers qui reçoivent et transmettent les instructions du Pentagone a de l'importance, sans changement radical des modes de décision au sein de l'Alliance, ce que rien ne permet d'espérer, même aujourd'hui ?

Ce n'est pas parce que cette réintégration, conçue sous George Bush, prendrait effet sous le charismatique Obama, que les réalités transatlantiques disparaîtraient. L'administration américaine actuelle est plus "aimable", mais a-t-elle une autre conception de l'Alliance ? Rien ne l'indique. Quant à l'influence accrue, on n'aurait aucun mal à citer un exemple d'influence qu'aurait exercée de l'intérieur un allié dans l'Alliance du fait de sa complète intégration. Notons enfin que même les plus ardents défenseurs de ce revirement n'osent mettre en avant les éventuels avantages industriels pour notre pays compte tenu des rapports de force évidents. Les militaires eux-mêmes seraient partagés en ce qui concerne les avantages et les inconvénients de l'opération.


L'européanisation, la création d'un pilier européen de l'Alliance, ce serait tout autre chose : la création d'un vrai "caucus européen" au sein de l'Alliance. C'est en son sein, avant de discuter avec les Américains, que nous devrions examiner s'il est raisonnable de continuer d'élargir l'Alliance (c'est un sujet très sérieux : l'engagement de l'article 5 est contraignant), comme de ne plus fixer aucune limite géographique à ses interventions. Est-il acceptable d'assister impuissants au développement d'une stratégie de bouclier peu cohérente ?

Tout cela est dangereux et, jusqu'ici, nous n'avons eu aucun poids dans les décisions. Si les Européens obtenaient, du fait du retour de la France, de pouvoir parler dans l'Alliance, et décider en partenariat avec Washington de l'Afghanistan, de la Géorgie, de l'Ukraine, du bouclier, du désarmement stratégique, de la Russie etc., alors oui, cela serait une alliance nouvelle, à deux piliers. Les autorités françaises ont-elles une aussi grande ambition ? Croient-elles vraiment qu'elles auront plus de poids pour une telle révolution après s'être réintégrées ?

Les avantages sont donc incertains et problématiques. Les inconvénients politiques sont évidents : envoyer au monde un signal de réalignement de la France, qui sera politiquement interprété comme tel, avec le déclassement et les risques qui en résulteront. On nous dit : c'est symbolique puisque nous sommes déjà presque entièrement intégrés !


Eh bien oui, c'est symbolique, symbolique d'une volonté de normalisation qui, une fois la décision mise en oeuvre, développerait par un effet d'engrenage tous ses effets. Il semble bien que la décision soit fondée sur des considérations idéologiques, atlantistes ou occidentalistes, comme on voudra : mettre fin à une "anomalie" au sein de la famille occidentale. On peut souhaiter autre chose pour la France. Il est encore temps d'en débattre.


Hubert Védrine a été ministre des affaires étrangères de 1997 à 2002. Dernier ouvrage paru : "Continuer l'Histoire" (Flammarion, 2008).





Par Grutman
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Mercredi 25 février 2009


 



Et au salon de l'agriculture, on trouve de tout, à commencer par une ministre de l'Economie...


... le gouvernement au complet...


... et quand même, des bonnes choses...


... non, je ne suis pas chauvin...





Par Grutman
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Samedi 7 février 2009













Deux aspects de débats d'actualité


* La mobilisation face à la crise et la politique du gouvernement

Le 29 janvier, deux millions de personnes ont manifesté. Nombreux ont été ceux qui ont fait grève, nombreux ont été ceux qui n'ont pas fait grève et qui se sentaient solidaires des revendications: réponses aux inquiétudes face à la crise ; colère face à l'injustice de la politique économique et sociale ; espoir d'une autre politique plus équitable et efficace.

De nombreux secteurs ont été touchés, le privé comme le public, des jeunes inquiets pour leur avenir et des plus vieux soucieux de leur retraite. Contrairement à une phrase provocatrice, quand il y a des grèves en France, on s'en aperçoit. Et cette interpellation au pouvoir en place aurait logiquement dû appeler à un recadrage. D'où le besoin d'une prise en compte des demandes exprimées lors de cette journée de mobilisation, sous peine que d'autres soient nécessaires pour se faire entendre et obtenir satisfaction. Pour quelle réponse du président ?



* L'intervention du président et la déception face à ses réponses aux attentes exprimées par les Français

Qu'ont vu les 15 millions de personnes qui ont écouté le président et qu'ont raté ceux qui ne l'ont pas vu ? Pour résumer, on peut citer Martine Aubry: "Entêtement, hésitation, décalage"

- entêtement. Le président maintient le cap de ses contre-réformes et se refuse à la moindre auto-critique sur celles qui sont les plus contestables (heures supplémentaies défiscalisées, nomination du patron de France Télévision...). Toujours cette même logique d'opposer les Français entre eux plutôt que de les rassembler. Cette façon de s'attaquer au service public alors que celui-ci est garant de la cohésion du pays.

Qu'il veuille maintenir l'essence du programme sur lequel il a été élu, on peut le comprendre. Mais être à ce point autiste vis-à-vis des demandes légitimes des Français, sourd aux critiques y compris celles exprimées dans son camp... Rien ne justifie qu'il n'ait pas sinon changé de politique, en tout les cas qu'il ne l'ait pas infléchie, en tenant compte, et pas sur un ton misérabiliste, de la gravité des conséquences de la crise pour de nombreux Français.

- hésitation. Vous allez me dire, surprenant de la part de celui qui dirige tout et est omniprés(id)ent. C'est finalement logique: l'absence de cap clair face à la crise explique les hésitations du président. Cela a parfois du bon: il accepte enfin de considérer le dialogue social et la concertation comme un outil indispensable d'un mode de gouvernement. Mais la part de mauvais est largement plus conséquente: pas de ligne claire, englué qu'il est par la faillite de la logique libérale qui était la sienne. Prêt à des gestes "sociaux" mais sans aucune comparaison avec, par exemple, ce que font Obama, Brown ou Zapatero dans leurs pays.

Surtout, cela témoigne d'une incohérence totale: supprimer une tranche d'impôt sur le revenu alors qu'on prétend vouloir maîtriser les déficits. Supprimer la taxe professionnelle sans annoncer par quoi la première ressource des collectivités territoriales sera remplacée. Les Français ont besoin d'être rassurés, ils sont en fait gouvernés au fil de l'eau, sans ligne directrice si ce n'est ce le fait que le président n'est pas à la hauteur des enjeux.

- décalage. Précisément, les enjeux sont bien plus importants: que pèsent les 1,4 milliards d'euros de mesures "sociales" face à l'ampleur des difficultés actuelles ? Il aurait tout à fait pu (ce ne sont là que quelques pistes):

--) assortir de contreparties l'aide aux banques, que l'Etat entre et reste au conseil d'administration de ces banques. Et que désormais, toute aide accordée aux entreprises soit assortie d'une obligation de négocier sur la question du pouvoir d'achat, sans oublier le plafonnement des rémunérations comme l'a récemment décidé Barack Obama.

--) renforcer son plan de relance. Celui présenté par le gouvernement est en décalage avec ce qui est nécessaire, comme préconisé par le FMI en pourcentage de PIB. Peu d'investissements et pas de consommation. Même Angela Merkel en Allemagne n'agit pas de la sorte. Il faudrait un plan plus équilibré, avec des investissements non pas fruit du recyclage de projets en cours mais résultat d'un appui massif à des mesures structurantes. Quant à l'aspect consommation, il est indécent de ne pas aider ceux qui sont pénalisés par la crise (baisse de la TVA, augmentation des salaires et des minimas sociaux...). Partout en Europe, cette double nécessité se traduit en actes. Mais en France, on est généreux avec ceux qui ont déjà tout et on n'aide pas ceux qui auraient bien besoin de la solidarité nationale.

Demain ? D'autres réponses j'espère ! Alter !

Par Grutman
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Lundi 12 janvier 2009

 














* "L'attaque israélienne à Gaza: silence, on tue"

--) Cela fait plusieurs semaines que l'offensive israélienne sur Gaza a commencé. Présenté comme une guerre contre le Hamas, c'est en réalité tout un peuple qu'elle endeuille, plus d'1,5 millions de personnes enfermées dans un territoire confetti, qui vit sous occupation au mépris du droit international depuis plus de quarante ans. Que peut-on dire de cet énième étape du conflit israélo-palestinien ?


- l'injustifiable offensive militaire

Tout d'abord, rien ne justifie de s'en prendre ainsi à Gaza. L'argumentation est connue et elle a pris figure de syllogisme: le Hamas envoie des roquettes sur le sud d'Israël, qui tuent des civils et entretiennent la peur dans la population israélienne ; Israël doit donc se défendre contre cette agression ; le seul moyen pour lui de mettre fin à ces tirs de roquettes est de mettre hors d'état de nuire ceux qui en sont les auteurs. Le raisonnement a été tenu au Liban contre le Hezbollah, avec le succès que l'on sait pour Israël (rapport israélien de la commission Winograd) et surtout pour les victimes civiles libanaises. Ce raisonnement, criminel sur le terrain, ne tient pas sur le fond.

On peut ne pas partager l'idéologie qui est celle du Hamas, ce qui est mon cas. On peut préférer les nationalistes laïcs du Fatah, ce qui est mon cas. Mais force est de constater que l'Autorité Palestinienne est discréditée, acceptant tout d'Israël et des Occidentaux, ne recevant rien en retour, si ce n'est la souffrance accrue de son peuple. Quant au Hamas, c'est avant tout le représentant démocratiquement élu lors d'élections libres, mis à l'écart sous prétexte qu'il ne serait pas un interlocuteur valable. Mais il a tout de même signé la trêve avec l'Etat qui occupe son territoire ! Il l'a respectée jusqu'à ce que le voisin la viole par des incursions terrestres. Il va même jusqu'à s'aligner sur les revendications de ceux que l'on considère comme "modérés", à savoir la perspective d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967 telles que prévues par l'ONU.

Par ailleurs, Israël a beau jeu aujourd'hui de chercher à "éradiquer" le mouvement qu'elle a contribué à favoriser hier. Elle a aidé à son installation dans les années 1980 pour affaiblir l'OLP. Elle a légitimé l'Initifada par ses violations quotidiennes des accords de paix. Sa logique du chaos ne fait que renforcer la radicalité. Elle continue aujourd'hui de démonétiser une Autorité palestinienne qui n'a plus d'autorité que le nom, qui ne gouverne pas un territoire morcelé et non continu où la colonisation continue. Même l'initiative unilatérale d'Ariel Sharon d'évacuer les colonies de Gaza s'est en réalité traduite par un renforcement de la colonisation en Cisjordanie occupée.

Dans ce contexte, qui peut penser que l'offensive militaire n'aboutira pas au renforcement de ceux qu'Israël prétend combattre ? Même dans l'hypothèse où le Hamas serait affaibli, à quel prix: des centaines de morts civils, un territoire sous asphyxie humanitaire d'après les ONG sur place et surtout, une politique qui ne fait que renforcer les extrémistes qui contestent non pas la colonisation mais l'existence même de l'Etat hébreu. Si ces jusqu'auboutistes "disparaissent", d'autres prendront leur place tant que le statu quo territorial demeurera. Drôle de stratégie de sécurité...

- l'inacceptable interdiction faite aux journalistes d'exercer leur métier

Une autre stratégie mise en place par les autorités de Tel-Aviv est d'interdire l'accès à la bande de Gaza aux journalistes. J'ignore le pourquoi de cette décision mais dans tous les cas, il n'incite pas à l'optimisme. Que cache ce choix ? L'utilisation de bombes au phosphore, accréditée par les observateurs de l'ONU ? L'absence d'images pour rendre compte des bavures, comme celle qui a amené à la tuerie de l'école où s'étaient réfugiés femmes et enfants ?

En tous les cas, le cantonnement des journalistes internationaux dans les villes israéliennes de Sderot et Ashkelon permet surtout à l'Armée israélienne de ne distiller que les images qu'elle souhaite. On peut comprendre qu'elle ne souhaite pas faire autrement. On ne peut en revanche admettre que les autorités politiques de l'Etat d'Israël laissent faire cette situation et acceptent cela. Les journalistes, à Gaza comme ailleurs, doivent pouvoir avoir accès aux zones de conflit afin de rendre compte de la réalité des événements qui s'y déroulent.

- l'impossible mise sur un pied d'égalité des protagonistes

Au-delà des faits eux-mêmes, il est intéressant de voir comment les médias relatent le conflit au Proche-Orient. Le proverbe dit que "comparaison n'est pas raison", et il s'applique parfaitement dans ce cas.

Bien sûr que la peur qui anime les citoyens israéliens qui vivent sous la menace de roquettes est compréhensible. Bien entendu, on peut comprendre l'émotion que cette menace suscite dans le reste du pays. Mais enfin, comparer leur situation à la vie du cimetière à ciel ouvert gazaoui est indécent. D'un côté, une Armée parmi les plus puissantes au monde, équipée par la première puissance mondiale, qui agit à sa guise sans que les médiations internationales ne parviennent à imposer un cessez-le-feu. De l'autre, un peuple qui vit toujours sans Etat, dont les "frères" arabes impuissants, complices ou actifs selon les cas, ne peuvent que déplorer l'indifférence internationale, ou du moins son inefficacité. Cela ne justifie pas n'importe quelle réaction face à l'occupation mais tant que celle-ci perdurera, il se trouvera des gens pour en trouver prétexte et appeler à la destruction de l'Etat voisin.

Cette différence structurelle entre les forces en présence a pour corollaire la volonté exprimée par certains de plaquer une grille de lecture religieuse sur un conflit de nature politique. Là où Israël défend l'existence de l'Etat juif, le Hamas dit vouloir construire un Etat basé sur des règles religieuses. Mais parmi les Palestiniens, ceux qui sont les plus critiques sont souvent des Chrétiens: ainsi, l'évêque de Béthleem Mgr Sabbah, n'a pas de mots assez durs pour condamner le sort fait à son peuple. De même, en Israël, tout le monde n'est heureusement pas sur la même ligne belliciste: le mouvement "La paix maintenant" et les ONG qui luttent contre la colonisation ont le courage de s'opposer aux intégristes juifs et au Likoud. Ce ne sont pas des religions qui s'opposent, même si le différend comporte une dimension religieuse avec le statut de la Ville Sainte. C'est bel et bien la lutte politique d'un peuple pour l'existence de son Etat dont il est privé depuis 1948.

Précisément, pour saisir les enjeux de ce conflit à Gaza, il faut garder à l'esprit l'importance du contexte intérieur en Israël. Les prochaines élections où vont s'opposer la droite extrême de Netanyahou, le centre-droit de Livni et le centre-gauche de Barak entraînent une surenchère sur le thème "plus sécuritaire que moi tu meurs". Si ce raisonnement n'est pas surprenant de la part du Likoud, en revanche, la gauche israélienne, du moins le parti travailliste, a gravement oublié la leçon de Rabin. Ils perpétuent la colonisation et contribuent au discrédit du Fatah au profit du Hamas. Pourtant, au moment de l'espoir d'Oslo, les signataires de l'époque n'étaient pas des pacifictes de toujours. Le général Rabin était un des plus hauts gradés de l'Armée israélienne et Yasser Arafat avait combattu l'arme à la main celui qui était alors "l'ennemi sioniste". Pour autant, ils avaient tous les deux compris que la seule issue valable au conflit est diplomatique, basée sur des paramètres connus: l'existence côte à côte de deux Etats sur la base des frontières de 1967, c'est-à-dire une souveraineté palestinienne sur tout juste le quart de la Palestine historique.

On voit donc que les modérés et les extrémistes ne sont pas toujours ceux qu'on croit. La Ligue Arabe a proposé en 2002 puis réaffirmé depuis sa volonté de normaliser ses relations avec Israël contre la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Depuis, Israël occupe toujours la Cisjordanie et le plateau syrien du Golan, et vient de passer à l'offensive contre la population à Gaza. Vous avez dit deux poids deux mesures ?


--) Ce n'est donc pas une guerre au sens strict du terme qui se déroule à Gaza. Ce ne sont pas deux armées face à face mais un terrorisme d'Etat face à un terrorisme de résistance. Les israéliens ont droit à la sécurité. Les palestiniens ont droit à un Etat. Les israéliens ne vivront en sécurité que lorsque les palestiniens auront un Etat.

Il est difficile de savoir aujourd'hui ce qui ressortira de cet épisode de Gaza. Ce qui est sûr, c'est que l'effroyable situation humanitaire que subit la population palestinienne doit cesser. Et encore une fois, combien de temps faudra-t-il attendre pour qu'un dirigeant israélien de la trempe de Rabin se résolve enfin à faire le nécessaire afin que le conflit cesse ? Espérons que Barack Obama pèsera de tout son poids pour que la solution juste et viable soit enfin traduite dans les faits.  

Par Grutman
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Vendredi 26 décembre 2008

 







 

"Post-sciptum, Jeune Afrique n°2502, décembre 2008-janvier 2009"

Article écrit par Fouad Laroui, "Des mesures concrètes"

"Depuis que la crise a éclaté, les experts se répandent dans les médias pour dire qu'ils l'avaient vue venir. Il paraît qu'à l'école, les moufflets discutent gravement de relance, de déflation et d'assèchement du crédit.

L'analyse, d'accord. Mais les mesures concrètes, tout le monde sèche. Ils pataugent tous. Pourtant, nous les tenons, nous tous, les fameuses "mesures concrètes". Les voici:

1) Il faut mettre l'Homme au centre de l'économie. En effet, ceux qui mettent le hamster ou le scoubidou au centre de l'économie sont les vrais responsables de nos malheurs. Il faut donc tracer un grand cercle dans toutes les places boursières du monde et mettre l'Homme au centre. [...]

2) Il faut moraliser les affaires. Le secrétaire général de l'ONU recevra solennelement dans son bureau les affaires, et leur passera un savon. Comment ? Y'a plus de morale ! Il leur remettra un exemplaire, dédicacé par Moïse, des Dix Commandements, ainsi qu'un recueil de cours d'éducation civique. Honteuses, remplies de remords, les affaires sortiront du bureau de Ban Ki-Moon... moralisées.

3) Il faut restaurer la confiance. Elle est anéantie, nous dit-on. Le chef de l'Etat l'invitera dans le meilleur restaurant. Au menu: viande rouge, féculents, fruits, légumes, sang de boeuf et alcools divers. Si après ça, la confiance n'est pas restaurée, c'est à n'y plus rien comprendre.

4) Il faut sortir de la tyrannie du profit. Pourquoi ne pas le pendre ce tyran ? Dès qu'on aura signalé le profit dans une rue ou sur le toit d'une maison, les citoyens auront le devoir de s'en emparer et de le conduire au réverbère le plus proche. Il y sera pendu haut eu court. Non mais.

5) Il faut sortir de la logique du court terme. Sortir de la logique, ça semble difficile à première vue. Pourtant, il suffit de réfléchir. Quel est le contraire de la logique ? C'est la folie, la niaiserie et autres substances faciles à se procurer. Pour sortir de la logique du court terme, il faut donc s'installer dans la folie de long terme. Chaque citoyen se procurera un entonnoir qu'il mettra sur sa tête, s'habillera comme l'as de pique et ira par les rues en criant  "Je suis Napoléon !". On n'entendra plus jamais parler alors de cette "logique du court terme". Sauf peut-être au Pôle Nord ou au Sahara.

Si vous avez d'autres suggestions, envoyez-les. Mais du concret, s'il vous plaît, du concret !"

En cette période de fête, un peu d'ironie et d'humour marocains...

Par Grutman
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Jeudi 11 décembre 2008

 


 











 

Justice, éducation, prisons : « quand on ouvre une école, on ferme une prison » Victor Hugo

 


Juste un court article sur un sujet récurrent dans l’actualité, que la publication récente du rapport « Varinard » remet au goût du jour : le rapport entre éducation et sanction dans la politique vis-à-vis des jeunes. Pour faire simple, on peut résumer le sujet en trois points :

 

- si on abdique sur l’éducation, il ne faut pas s’étonner des conséquences et crier au loup quand on voit des ados de plus en plus jeunes commettre des actes graves. Si les mécontentements se multiplient, ce n’est pas qu’un effet d’humeur, c’est surtout le moyen de combattre une logique qui s’instille dans tous les champs pour imposer un modèle de société qui n’est pas celui de la France.

 

- dans le climat actuel, où la criminalisation de la jeunesse, sous couvert de restauration de l’autorité, est en réalité en train de ruiner les efforts des politiques de prévention, il faut refuser tout ce qui contribue au climat de pression sur les libertés publiques. Policiers aux interventions douteuses dans les écoles, intimidation de journalistes, peines planchers qui accentuent une surpopulation carcérale déjà inadmissible… Les motifs de colère sont nombreux.

 

- à partir d’une petite expérience personnelle, une visite à la prison de Fresnes dans le cadre de mon stage, il faut que chacun réalise ce que c’est que de vivre dans une prison, a fortiori quand on est jeune. Je n’en n’ai moi-même vu qu’un tout petit bout, ce qui laisse entrevoir la réalité du quotidien dans une maison d’arrêt. Le rôle de la prison ne devrait pas être de briser des individus mais qu’une personne condamnée y paye sa dette à la société. Tout ce qui peut être alternatif à la prison, en particulier pour les jeunes, doit être tenté, notamment en dotant le monde psychiatrique des moyens qui lui sont nécessaires alors qu’aujourd’hui, ils manquent dramatiquement.

 

Au moment des fêtes de fin d’année, il y a des sujets plus joyeux à traiter. Mais entre les suicides en prison, la casse du service public de l’éducation et la logique du tout répressif au détriment de la prévention, il faut espérer qu’un coup d’arrêt sera mis à cette logique qui mène la société tout droit dans le mur.

 

Par Grutman
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Mardi 11 novembre 2008

 






 
* Obamania... et après ?

Evidemment, je suis satisfait que mister Frites ne soit pas à la Maison Blanche. Le sceptique à l'égard du "rêve américain" ne peut qu'être admiratif devant la capacité de ce pays à donner au monde une leçon de fraternité et de courage au travers de l'élection de Barack Obama. Bien sûr, c'est symboliquement très fort qu'un métis soit le premier personnage d'un Etat où Rosa Parks et Malcolm X ne datent pas de si longtemps. C'est certain, on peut espérer des Etats-Unis plus régulateurs sur le plan économique, moins arrogants sur le plus diplomatique et globalement, plus multilatéraux d'un point de vue international. Et après ?

Le sens de cette interrogation, c'est que je suis surpris par l'ampleur de l'Obamania en France, même chez les amis de Bush à l'UMP !!! Comme si notre pays avait besoin d'expier quelque chose, une ferveur transatlantique qui masque mal l'impossibilité d'un Obama français. Car quoi, dans la République de l'égalité des chances, seuls 58% des Français se déclarent prêts à voter pour un "maghrébin" au poste suprême (reste à savoir ce qu'il en serait réellement dans les urnes...) ! Donc sans doute y'a-t-il dans cette célébration émouvante de l'Amérique métissée un peu d'une catharsis collective, où l'égalité réelle n'est encore que la chimère bien française qu'on agite sur fond de "Yes, we can".

Alors, oui, il ne faut pas bouder son plaisir de la sanction du pire président américain depuis Reagan. Les Etats-Unis et le monde se porteront mieux de ce changement qui, je l'espère, permettra dans la durée à l'hyperpuissance d'être plus équitable à l'intérieur et moins injuste à l'extérieur. Il faut espérer que l'espoir suscité par la victoire d'Obama ne se transforme pas en immense désillusion devant l'ampleur des défis et la réalité des conséquences concrètes de ce vote.

Mais tout de même, qu'il est bon de se dire que "yes, he did it"...

* Reims, c'est Royal !

Voilà, les militants ont voté. 30% pour Royal, 25% pour Delanoë et Aubry et 19% pour Hamon. Impressions générales: c'est la victoire du renouvellement des pratiques et des personnes ; celle de la base contre l'appareil ; celle enfin de la barre fermement ancrée à gauche dans le contexte d'un socialisme européen en plein désarroi idéologique. Quelques commentaires:

- ah, les gouffres d'auto-satisfaction médiatiques qui se gargarisaient de la victoire programmée de leur icône parisienne boboïsante, et qui voyaient déjà l'intruse renvoyée à ses chères études de bécasse dans un Poitou-Charentes qu'ils espèrent ne plus la voir quitter... Eh bien non, les militants en ont décidé autrement: la motion de Ségolène Royal dépasse de cinq points celle du maire de Paris et de la maire de Lille. Les ricaneries sur le zénith, le mépris asséné à longueur de colonnes, toutes les manipulations possibles pour favoriser ses adversaires... et en fin de compte, courageuse et déterminée, entourée d'une équipe de qualité, elle remporte la première place. Et maintenant ?

- au-delà d'une réelle satisfaction, il faut se méfier de tout triomphalisme. Un parti gouvernable est un parti rassemblé et non pas éclaté en chapelles qui se font une guerre permanente. Le rejet du vieux parti socialiste ne veut pas dire que les personnalités d'expérience sont à rejeter mais que d'anciennes méthodes et des concepts dépassés doivent être rénovés. Le score significatif de Benoît Hamon (quoique moins élevé que celui de la "gauche" du PS dans les précédents congrès) montre que ses thèses sont largement validées dans le contexte de crise économique systémique. La performance de Martine Aubry invite à dépasser les clivages d'hier pour constituer une nouvelle majorité à même de proposer un projet crédible et transformateur face au programme démagogique et destructeur de Nicolas Sarkozy. Quant au score de Bertrand Delanoë, au-delà de la personne que je respecte et que j'estime, il montre que la sanction est sans appel pour ceux qui se voyaient à plus de 50% à eux-seuls (!) ; le temps des Rocard et autres Hollande appartient au passé.

Mais maintenant, le plus dur reste à faire. Je ne sais pas ce qui sortira du prochain congrès. J'apprécierais qu'une personnalité brillante et au profil rassembleur comme Vincent Peillon devienne premier secrétaire. Mais autour d'une ligne politique claire et pour porter l'espoir de tous ceux, y compris hors du PS, qui espèrent aujourd'hui plus que jamais, que ça change.

- pour terminer, deux brefs développements sur deux débats qui agitent le PS.

Le premier point, c'est la conception du parti. Un regard rapide donne l'impression d'une opposition entre les tenants d'un parti de militants (Delanoë) et ceux d'un parti de "supporters" (Royal), les partisans d'Aubry et Hamon se situant dans un intermédiaire indéterminé. Tout d'abord, à titre personnel, je récuse le second terme dont on affuble les "royalistes" car la politique n'est pas du sport ni de la chanson, Ségolène Royal n'est ni Zinedine Zidane ni Michael Jackson. Mais il existe bel et bien une divergence de fond.

Sans vouloir caricaturer les points de vue, je pense que les premiers représentent un parti d'experts, ce qu'il est aujourd'hui, un parti de militants aguerris, mais sociologiquement déconnecté des milieux moyens et modestes, qui se retrouve lors de réunions de section où le non initié ne comprend rien aux querelles byzantines... et qui ne veut surtout pas que des intrus (les fameux militants à 20 euros) fassent leur entrée dans ce petit jeu à la mécanique bien huilée. Les seconds veulent à l'inverse un parti de masse, ouvert sur la société, qui ne soit pas le pré-carré d'un nombre aujourd'hui ridiculement bas d'adhérents mais au contraire, le levier d'interfaces avec les associations, les entreprises et la société civile en général. Un parti plus jeune, plus féminisé, plus métissé, moins "cadres sup" et, en définitive, plus représentatif de la France telle qu'elle est dans sa diversité et que le PS ne parvient pas à représenter. Alors oui, pourquoi pas une adhésion moins coûteuse pour ceux pour qui le prix de la cotisation est un frein. Pourquoi pas des primaires ouvertes à toute la gauche et non pas seulement à la rue de Solférino qui se regarde le nombril, de manière à ce que le candidat aux présidentielles jouisse d'une plus grande légitimité pour affronter son adversaire libéral-conservateur. Pourquoi pas, en effet, le CHANGEMENT.

Le second point, c'est celui des alliances. Le débat opposerait ceux qui sont favorables à un rapprochement avec le centre et ceux pour qui la seule alliance possible se situe à gauche. Je dois dire pour ma part, et je ne suis pas le seul, que le débat ne me semble pas se poser en ces termes. C'est au centre de se déterminer, pas à la gauche d'aller vers lui. La priorité pour le PS, c'est le rassemblement à gauche et pas ailleurs. Mais au second tour, il doit être en mesure de faire venir à lui un spectre allant de Besancenot à Bayrou. La question qui demeure, en assumant ses divergences avec l'extrême gauche et le centre-droit, sans surmoi marxiste ni sirène capitulatrice, est la suivante: est-ce qu'un PS radical et réformiste est capable de se donner tous les moyens de battre le candidat libéral-conservateur ? Le NPA et le MODEM considèrent-ils que l'UMP et le PS, c'est bonnet blanc et blanc bonnet ? Sur le plan national, le PS demeure plus proche sur bien des points des Verts et du PCF que de ces deux forces émergentes.  Au parlement européen, les amis de Bayrou, malgré son comportement intègre et courageux, votent en général comme l'UMP ; et ce n'est pas le programme économique de Jean Peyrelevade qui va rapprocher le PS du MODEM. Dans ses apparitions médiatiques, le facteur de Neuilly passe autant sinon plus de temps à taper sur la gauche de gouvernement que sur la droite, en servant d'épine dans la rose socialiste et d'épouvantail bien commode à une droite déjà usée après à peine plus d'un an de contre-réformes libérales.

Le PS doit donc rester la force pivot de l'alternance, mais pas au prix d'une course à l'échalotte gauchiste ni de reniements centristes. Simplement, quand on est face à un choix de société... il faut savoir choisir ! Vouloir aujourd'hui, par principe, rejeter Besancenot dans une opposition systématique et Bayrou dans un ostracisme soviétisant n'augure pas d'une volonté d'en finir avec une vieille façon de faire de la politique. Peut-être qu'insister sur une refonte radicale du système fiscal pour plus d'équité, un retour de la puissance publique et de son volontarisme dans la vie économique, une vision de la société ouverte et une diplomatie internationaliste... bref, sans doute qu'appliquer le programme de Ségolène Royal, cela permettrait d'amener plus de personnes à choisir le bulletin PS ! Plutôt que de faire de l'oeil au NPA et/ou au MODEM...

Par Grutman
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Samedi 1 novembre 2008

En ces temps sarkoziens, beaucoup de gens sont contre (disons au moins 47% d'après les résultats de la présidentielle de 2007, sans doute plus aujourd'hui). Mais ils sont pour quoi au juste ? Voici une contribution personnelle, pistes pour une reconstruction de la gauche qui, bien entendu, n'engagent que moi.

 

Etre de gauche, AUJOURD'HUI, c'est réaffirmer des principes

 

* C'est en premier lieu partager un socle commun de valeurs: bien sûr celles de la devise républicaine, liberté, égalité, fraternité ; mais aussi la solidarité, la lutte contre toutes les formes de discrimination, l'union de l'économique et du social au service du progrès ou bien encore l'internationalisme. C'est en être fier, ne pas les renier ou les brader par opportunisme (suivez mon regard...), et s'efforcer qu'elles irriguent les politiques que l'on promeut. C'est aussi refuser les injustices, la fatalité de la naissance et être fier de ses "colères saines".

En arrivant à Paris, l'une des choses qui m'a le plus choqué, c'est la quasi indifférence pour les SDF, que l'on croise tous les jours et que l'on considère comme des cartons faisant partie du paysage. Etre de gauche, c'est ne jamais perdre sa capacité d'indignation face aux injustices intolérables.

 

* C'est en deuxième lieu être fier d'un héritage qui va, si on simplifie, de 1789 à Jospin, en passant par le républicanisme de la IIIème République, la Résistance d'une minorité du peuple de gauche sous l'occupation, ainsi que les changements profonds et structurels effectués sous les gouvernements de gauche avant et depuis 1981 (suffrage universel, école publique obligatoire, laïque et gratuite, loi de huit heures, congés payés, abolition de la peine de mort, lois Auroux, RMI, CSG, CMU, parité, PACS, 35 heures et tant d'autres progrès encore).

La France d'aujourd'hui n'est pas seulement l'héritage de la gauche, mais dans ce qu'elle a de mieux, elle en est largement la fille.

 

* C'est en troisième lieu être conscient de ses insuffisances, de ses erreurs, de ses fautes.

De ses insuffisances d'abord, quand sa volonté réformatrice s'émousse face aux sirènes de l'excès de réalisme ; quand son surmoi gauchiste la complexe au mépris de la réalité qui lui donne la plupart du temps raison face au jusqu'au boutisme stérile ; de même quand le discours dominant la pousse vers le centre alors que c'est au centre de se rapprocher d'elle.

De ses erreurs ensuite, quand jusqu'en 1983 elle croit possible de faire contre alors que pour faire mieux, il faut à la fois faire avec et faire contre ; quand elle n'est pas capable de mettre son veto en Europe contre la libéralisation de l'énergie sous le gouvernement Jospin ; quand une partie d'entre elle pense que la lutte s'effectue prioritairement entre les "deux gauches" alors que si le débat doit avoir lieu, l'adversaire commun reste l'extrême droite d'abord, la droite ensuite.

De ses fautes enfin, quand son establishment se compromet massivement dans la collaboration sous l'occupation nazie ; quand elle couvre ou participe à des crimes d'Etat lors de la guerre d'Algérie ; ou bien encore quand elle est impuissante à intervenir face aux génocides au Rwanda et en Bosnie.

 

Etre de gauche, AUJOURD'HUI, c'est faire des propositions concrètes

 

Ces propositions sont un condensé du programme de la gauche aux dernières élections et de préoccupations qui sont les miennes mais qui peuvent, je pense, en rassembler beaucoup.

 

* Dans le domaine économique et social, qui doit rester la priorité de la gauche (la gauche "sociétale" est une impasse, un bien faible paravent qui cache le ralliement massif aux idées de la droite sur le plan économique et social), les pistes sont nombreuses. Le logement est une question cruciale aujourd'hui, avec l'augmentation des prix de l'immobillier. En voici quelques autres exemples:

 

- la conditionnalité des aides économiques à des clauses sociales: une entreprise qui délocalise ses activités et qui aura perçu des aides de l'Etat devra les rembourser. Plus globalement, une réflexion sur l'efficacité des dispositifs d'allègements de charges, qui grèvent les budgets, serait nécessaire pour évaluer l'utilité de tels allègements. Pour faire simple, il n'est pas admissible que l'argent du contribuable serve aux patrons les moins scrupuleux.

 

- une refonte du système fiscal français, démesurément complexe, inintelligible et injuste. Mettre fin à la primauté donnée à la compétitivité sur la redistribution pour au contraire montrer que la seconde peut être un levier de la première. Pêle-mêle, réforme d'ampleur de la fiscalité: abrogation des boucliers fiscaux, meilleure progressivité de l'impôt sur le revenu, modulation de l'impôt sur les sociétés selon l'arbitrage effectué par l'entreprise entre une utilisation en réinvestissement ou le choix d'une logique actionnariale, retour à la TIPP flottante pour diminuer la facture pétrolière des ménages, pérennisation de la prime pour l'emploi, suppression progressive des "niches fiscales" injustifiées...

Le budget de l'Etat est en déficit, on nous l'assène suffisamment. Le gouvernement doit donc maîtriser ses dépenses par une gestion rigoureuse des fonds publics et une évaluation de ses missions ; mais il doit aussi réexaminer la nature et l'ampleur de ses recettes pour conserver son rôle de régulateur du social, durement mis à mal par les désengagements successifs de la puissance publique.

 

- ces choix illustrent une conception qui se veut moderne et solidaire, un "capitalisme progressiste" dans lequel le développement durable n'est ni un slogan ni un sujet de colloque mais une préoccupation première, où l'économique n'agit pas contre le social comme c'est trop souvent le cas aujourd'hui, mais où les pouvoirs publics le régule, l'encadre et le corrige pour construire une société plus riche et plus juste. Appelons-cela le "donnant-donnant" ou tout simplement, un socialisme réformiste, pragmatique et antilibéral, au sens où le marché doit être cantonné dans la sphère où il est efficace mais ne pas envahir une société qui deviendrait "de marché". Un socialisme soucieux avant tout de la situation sociale indigne d'un pays aussi riche que le nôtre.

La redistribution, l'intervention publique et le rôle des fonctionnaires doivent à cet égard être réhabilités non seulement en pratique, mais aussi dans le combat des idées face à une offensive sans précédent des valeurs de la droite sur ces questions.  

 

* Pour ce qui est des questions de société, trois exemples me paraissent emblématiques:

- la politique d'immigration: face à la démagogie et à l'exploitation politicienne de ce sujet, la gauche doit promouvoir une politique généreuse et ferme. Dans l'esprit des lois Chevènement de 1998, avec la régularisation de tous les sans-papiers en situation de ni-ni (ni régularisables, ni explusables), il faut éviter deux écueils: d'une part, la logique du chiffre et de l'immigration vue dans son aspect strictement économique telle qu'elle est pratiquée par Sarkozy ; et d'autre part, la politique sincèrement altruiste mais faussement solidaire d'une partie de la gauche (fort libérale en l'occurence...) qui voudrait ouvrir complètement les frontières alors que cette politique ferait des immigrés les premières victimes de ce système.

Cessons de débattre de ce qui n'est pas un problème mais un paravent électoraliste. Alors on pourra aborder le vrai problème de fond, pour ceux qui sont là et ceux qui en sont les descendants, à savoir les discriminations subies au quotidien.

 

- la lutte contre les discriminations doit en effet être une préoccupation majeure. A ce titre, la création de la HALDE sous le gouvernement Villepin et la nomination (symbolique) de ministres aux profils plus divers par le président actuel vont dans le bons sens. A l'inverse, l'absence de décolonisation des esprits, la perpétuation des stéréotypes xénophobes et la ghettoïsation spatiale doivent être combattus avec la plus grande force (meilleure connaissance de l'Histoire, choix symboliques et politiques forts, application de la loi SRU sous peine de sanctions financières lourdes en sont quelques exemples).

La lutte contre les discriminations, c'est aussi considérer que Mamadou ou Hassan ne sont ni plus ni moins Français que Robert. C'est comprendre que si la diversité du feuillage est une richesse, les notions "d'intégration" et de "français de souche" sont à bannir. Ces gens ne demandent qu'à être considérés, à être considérés comme des Français comme les autres, avec leurs caractéristiques propres ; ils n'ont donc ni plus ni moins que les autres à "s'intégrer" puisqu'ils sont aussi Français que vous et moi. Ils doivent en revanche dans un double mouvement simultané être inclus par la société et faire le nécessaire pour cela.

 

- l'éducation sur laquelle on ne doit rien lâcher pour permettre une réelle égalité des chances. Elle doit rester la clé de voûte de la société française, et ne pas être piétinée par d'autres logiques (à ce titre, je suis contre la suppression de la carte scolaire, pour son aménagement seulement s'il y a lieu et dans certains cas). L'ambition éducative passe par un service public de la petite enfance (école obligatoire dès 3 ans), c'est à la racine qu'on peut lutter contre les inégalités, et par la réduction à 15 élèves par classe dans les établissements classés en ZEP. Cela suppose un investissement budgétaire massif, on est effectivement loin du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux et de la politique à courte vue de Xavier Darcos...

L'enseignement supérieur, parent pauvre de l'éducation, comme la recherche, doivent être soutenus budgétairement de façon prioritaire. L'économie de la connaissance, face à la concurrence internationale, est la seule façon de maintenir son rang. Ce n'est pas par une illusoire et dangereuse adaptation aux canons de la mondialisation que la France en tirera partie (à quoi sert-il de courir face aux coûts de production chinois ???), mais en gagnant par sa valeur ajoutée propre, illustrée par une productivité des salariés record en Europe, un territoire attractif grâce à un environnement institutionnel et des infrastructures de qualité, ainsi bien entendu qu'une main d'oeuvre qualifiée et opérationnelle grâce à une bonne employabilité. Il aurait aussi fallu faire un sort aux questions d'insécurité et de culture, mais il n'est pas possible de tout traiter ici. Elles sont également primordiales en termes de cohésion sociale du pays.

 

* En termes de politique internationale, le compromis gaullo-mitterrando-chiraquien, avec lequel le sarkozysme est en rupture, qui fait que la voix de la France a un poids et résonne différemment parmi celles des pays occidentaux, doit être défendu et prolongé. Indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis, amitié ne veut pas dire alignement ; dialogue des cultures et refus de la logique infondée et dangereuse de "l'antagonisation" des relations internationales ; engagement pro-européen réaffirmé, mais non subordination à un modèle fédéraliste et supranational qui voudrait s'imposer aux Etats-Nations ; promotion d'une diplomatie des principes mais en conformité avec la réalité: cesser de donner des leçons à tout le monde quand soi-même on n'est pas exemplaire ; continuer à défendre mieux dans les paroles et plus dans les actes les droits de l'homme, le multilatéralisme et un système mondial plus juste. Quelques exemples de changements diplomatiques qui me paraissent souhaitables :

 

- rupture immédiate des relations diplomatiques avec Israël tant que l'Etat hébreu ne se sera pas retiré des territoires occupés qu'il colonise illégalement depuis 1967. Si un autre Etat se permettait le quart de ce que se permet Israël (mur de la honte, humiliations quotidiennes, terrorisme d'Etat au Liban...), la "communauté internationale" ne laisserait pas faire. C'est pourquoi la France, eu égard à son amitié ancienne avec Israël (c'est grâce à notre pays que l'Etat hébreu s'est doté de l'arme atomique, entre autres...) et à son souci constant de défendre les droits légitimes et bafoués du peuple palestinien, doit frapper un grand coup. Notre pays doit cesser ses psalmodies incantatoires pour que la vie côte à côte de deux Etats, en paix et dans des frontières viables, devienne enfin réalité.

 

- pressions politiques fortes, et pourquoi pas cessation de l'achat de matières premières (pétrole et gaz) et d'investissements étatiques,  en Algérie tant que le régime en place ne reverra pas sa position sur une question qui empoisonne la politique au Maghreb, et qui a des conséquences jusqu'en Afrique Subsaharienne. L'Algérie doit cesser son soutien financier, diplomatique et logistique à la fantoche RASD, pour permettre la réintégration pleine et entière du Sahara Occidental en tant que province du sud du royaume marocain. Les modalités de solution du conflit, large autonomie sous souveraineté marocaine, sont connues ; mais comme au Proche-Orient, les acteurs s'évertuent à répondre aux problèmes en en créant de nouveaux. Cette question peut paraître anecdotique au regard d'autres (le terrorisme, le chômage endémique, la corruption), elle est loin de l'être. Ce conflit latent et feutré empêche tout progrès sérieux dans l'Union du Maghreb Arabe, ce qui se chiffre en millions d'euros de pertes économiques pour la région (la frontière entre les deux pays reste fermée, ce qui est absolument surréaliste) ; il divise deux pays qui devraient tout faire pour s'entendre et peser sur l'autre rive de la Méditerranée ; au Maroc, il entraîne une dépense budgétaire énorme, en termes de défense en particulier, argent qui pourrait être utilisé ailleurs de façon bien plus utile (lutte contre l'analphabétisme notamment). La France, alliée traditionnelle du Maroc et paraît-il amie de l'Algérie, doit faire que cela cesse en arrêtant de ménager les susceptibilités, et en disant haut et fort les vérités sur le sujet.

Cette région a suffisamment d'autres problèmes à solutionner et demeure trop stratégique pour notre pays comme pour l'Occident tout entier pour tolérer que la stupidité du régime d'Alger sur cette question continue indéfiniment à enliser dans les sables des provinces du sud marocain un conflit vieux d'un demi-siècle.

 

- de façon générale, cesser le double discours et la logique du "deux poids-deux mesures" qui ruinent tant l'image de notre pays que les efforts des démocrates et des progressistes des pays en voie de développement. Une politique étrangère ambitieuse, réaliste et utile permettrait à la France de (re)trouver un prestige et une place de choix dans le concert des nations (je pense ici notamment à l'attitude face aux crimes de la Russie de Poutine en Tchétchénie, à la famine organisée au Darfour ou à la Chine et son négationnisme sur le Tibet).

 

Etre de gauche, AUJOURD'HUI, c'est être un opposant crédible et constructif

 

Enfin, la partie la moins longue de ce (long) développement: que faire dans le présent ?

 

- être un opposant crédible, autrement dit ne pas promettre de "raser gratis" vu l'état des finances publiques telles qu'elles sont gérées par la droite. S'opposer frontalement face aux régressions actuelles (réforme idéologique des régimes spéciaux sans prise en compte de la pénibilité, focalisation sur l'âge de la retraite alors que le fond de la question réside dans un taux d'emploi des plus de 50 ans insuffisamment élevé, politique judiciaire du tout-répressif alors que tout le monde devrait s'accorder sur la priorité absolue donnée à la prévention...). Il ne faut pas abdiquer ; ce n'est pas parce que Nicolas Sarkozy a été élu que tout lui est permis. Quand la gauche est au pouvoir, la droite joue son rôle d'opposition et c'est bien normal. Quand c'est l'inverse, la gauche doit être plus audible qu'elle ne l'est aujourd'hui, offensive pour proposer des alternatives crédibles aux politiques iniques mises en place actuellement.

 

- être un opposant constructif, c'est-à-dire ne pas être sectaire. Saluer les bonnes initiatives, applaudir à une bonne décision, soutenir un projet qui va dans le bon sens. Tout cela, ce n'est pas renier ses convictions, c'est la mise en pratique de ce beau mot de compromis. Une décision ou une action qui émane de la droite, si on la juge bonne (ce qui pourrait sortir du Grenelle de l'environnement, la loi sur le droit au logement opposable, le crédit impôt-recherche), ne doit pas être rejetée par principe. Jeter le bébé avec l'eau du bain est aussi bête que contre-productif. C'est vrai qu'en ce moment, le positif est dur à trouver... Mais le systématisme et le simplisme étant des syllogismes pour imbéciles, cela ne doit pas enfermer la gauche dans une attitude de refus en bloc et d'enfermement sur elle-même.

 

Finalement, être de gauche, c'est un passé, un présent et un avenir. C'est plus qu'une opinion politique, c'est un choix de vie. D'autres en font des différents, tout aussi respectables. J'attends vos réactions, commentaires et/ou critiques.

 

Par Grutman - Publié dans : grutmansuisse
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