Voici quelques sujets d'actualité dont j'ai subjectivement choisi de parler ici. Et de manière concise, si, si ! Ou pas...
* Le conflit social à propos des régimes spéciaux de retraite
Ce n'est ni l'usager des transports en commun (pourtant...), ni le sciencepotiste (quoique...), mais le citoyen qui parle (j'espère que c'est le
même!). Quel est le problème ? On essaie de nous faire croire qu'en rapportant, selon l'estimation du gouvernement, 200 millions d'euros à l'Etat, la réforme des régimes spéciaux va résoudre
le problème d'un déficit qui se chiffre en dizaines de milliards d'euros. Et, en termes de volumes, la taxation des stock-options comme le préconise la Cour des Comptes, ce ne serait pas plus
efficace ?
En vérité, ce tour de passe-passe perment trois choses:
- vis-à-vis de l'électorat de droite, il signe la logique du "je ne cèderai pas" quitte à laisser pourrir la situation, alors que les revendications des salariés concernés sont
réalistes et fondées. La revanche idéologique de la droite a été indiscutable dans les urnes, qu'elle le soit maintenant dans la rue !
- en termes social, c'est absolument destructeur car cela désigne comme privilégiés des gens qui ne le sont pas. Alors bien sûr, on est toujours le privilégié de quelqu'un, eux
par rapport à d'autres moins bien lôtis. Mais les "privilèges" ne vont pas toujours dans le sens du cliché. Un exemple: le travail le dimanche fait débat dans le privé, je ne pense pas que
quiconque trouve cela incongru pour les transports (SNCF, RATP...). Donc à caractéristique particulière, à coupler avec la pénibilité variable selon la profession et le poste, statut particulier.
- cela nous amène aux contre-vérités ânonées partout, sur ce gouvernement qui, après avoir voté le paquet fiscal et procédé à une augmentation de 170% du salaire du
chef de l'Etat, semble benoîtement redécouvrir les notions "d'équité" et de "justice sociale". Quelle équité ? Tout le monde à 40 annuités, alors que selon les professions, une annuité
ne correspond pas au même nombre d'années effectivement travaillées ! Quelle justice sociale ? Une femme du privé pour qui un enfant lui permet de cotiser deux annuités quand le même bébé
chez une femme du public ne lui permet de cotiser qu'une seule annuité ?
En un mot, c'est du VENT que cette offensive idéologique. Le peuple a été bien travaillé au corps, le message régressif relayé à grands renforts par les mass
media, et hop, le tour est joué. Et l'argument selon lequel parce que les Français l'ont élu, le Président est libre de faire ce qu'il veut, n'est pas sérieux. Heureusement que les gens, quelle
que soit la couleur du gouvernement, peuvent se mobiliser pour exprimer leur désaccord. Comment masquer l'absence de solution de la droite à la question des retraites ? On désigne des
boucs-émissaires, on les livre à la vindicte de l'opinion (c'est vrai, pourquoi eux et pas nous) et puis on évite de parler des vraies questions, le financement global du système, les valeurs qui
le sous-tendent et les adaptations qui pourraient se justifier au cas par cas sous réserve de contreparties. Plutôt pas mal joué. Comment cela va se terminer ? A suivre. Pourvu que cela se
termine dans la négociation...
* Les débats autour de la loi sur l'autonomie des universités et le blocage des universités
Pour faire simple: je suis contre le blocage, et globalement, dans son état actuel, plutôt contre la loi LRU. Contre le blocage car dans la situation d'aujourd'hui,
contrairement au CPE, il est inefficace et contre-productif. Les assemblées d'étudiants qui débattent de la loi sont une meilleure alternative pour que le maximum de gens soit informés du contenu
réel de la loi.
Et pour aller vite, je suis contre la loi, à l'exception de son principe. C'est-à-dire que l'autonomie de gestion ne me choque pas, ni le recours à certains financements privés,
même si des conflits d'intérêt se produiront sans aucun doute (ils se produisent déjà partout où des financements, même publics et a fortiori privés, ont lieu). La situation budgétaire de
l'université française fait que l'absence de financement à hauteur des enjeux par l'Etat a crée une situation où l'apport privé est devenu nécessaire, soit par choix de privatisation que je
refuse, soit par pragmatisme et conviction que je partage, en constatant que l'état lamentable des finances publiques gérées par la droite implique de faire des choix budgétaires. Mais cela
ne doit pas empêcher la puissance publique d'investir massivement dans le supérieur et d'intervenir dans la péréquation entre universités les plus riches et celles les moins bien lôties, ce
qui n'est pas prévu dans le texte actuel. L'autonomie n'est pas la panacée présentée par certains zélateurs de la pensée dominante, mais dans un certain cadre, elle est envisageable et même
souhaitable. Ces conditions ne sont pas réunies, d'où mon opposition à la loi dans l'état actuel des choses.
De plus, prétendument ultramajoritaire, cette loi a été votée en catimini cet été, avec trop peu de concertation et un temps de débat comme un pistolet sur la tempe.
Résultat, en plus d'un biais idéologique libéral, ce texte introduit des dispositions inacceptables, comme la perte de poids des étudiants et personnels administratifs au profit des présidents
d'universités ou d'intervenants extérieurs, et un désengagement budgétaire qui (contrairement à l'autonomie vue par la gauche, avec une gestion décentralisée confiée aux régions, l'Etat
assurant la péréquation) accentuera encore les inégalités entre facs. La loi Pet-CRS conduit également au contournement du véritable problème de fond, la situation de la vie des étudiants: le
prix de l'immobilier qui flambe avec un parc CROUS incroyablement insuffisant, l'inadéquation entre la trop faible augmentation des bourses et l'augmentation massive des prix
de l'alimentation et d'autres postes de dépense incompressibles. Autrement dit, on fixe le curseur sur une question, l'autonomie de gestion et le recours à des financements privés, qui est
bien sûr une question très importante ; mais dans le même temps, on évite soigneusement les sujets de vie quotidienne des étudiants. Deux poids, deux mesures... Là encore...
* Le voyage de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis
Quelques mots sur la visite de notre président chez nos amis américains.
En termes personnels, que Sarkozy veuille apparaître proche d'un des plus mauvais présidents des Etats-Unis, très impopulaire dans son pays, qui mène une
politique désastreuse à l'extérieur comme à l'intérieur de ses frontières... c'est un choix qui est contestable, sinon étonnant. On peut certes avoir une jubilation à être un
caniche, mais le suivisme canin, vis-à-vis des Etats-Unis ou de quiconque, ce n'est pas ma tasse de thé.
D'un point de vue bilatéral, vouloir entretenir de bonnes relations avec la première puissance mondiale, quoi de plus normal. Mais pas au prix du reniement, ni d'un discours au
Parlement américain (au demeurant globalement plutôt positif) où on a l'impression qu'Elvis Presley a autant d'importance que la guerre d'Irak dans les relations diplomatiques. Que Sarkozy
soit atlantiste, libéral et néoconservateur par bien des points, tout le monde en conviendra. Mais j'avais encore l'espoir qu'en arrivant à la présidence, Sarkozy ne s'assierait pas ainsi sur De
Gaulle et Chirac. Il nous a démontré le contraire avec éclat. Bushistes de tous les pays, unissez-vous !
Enfin, géopolitiquement parlant, la France tombe bien bas (même après le r'nb de Kouchner...). Quel intérêt à faire son Blair après tout le monde, en lançant des couteaux dans le
dos d'un Chirac qui a donné à la diplomatie française un visage équilibré et qui avait raison sur le fond. Qui sont les vrais amis des Américains ? Je réponds comme Michael Moore: ceux qui vous
disent ce qu'ils pensent et qui essaient de vous éviter de faire des erreurs gravissimes. La France est toujours l'alliée/amie des Etats-Unis, et le meilleur moyen de cela, c'est son indépendance
et sa ligne diplomatique propre, qu'elle soit la même ou non que celle de Washington. Ni antiaméricanisme par principe, ni aveuglement suiviste qui couvre, à l'instar de celui de Blair, des
crimes de guerre en Irak. Le gaullo-mitterrandisme, en somme. Le sarkozysme en est loin, et il s'en éloigne encore...
* Le documentaire sur France 3 consacré à l'Histoire des Juifs en France
Peut-être avez-vous suivi le documentaire en deux parties, diffusé la semaine dernière. Pour faire simple, le judéophile et le sionistophobe que je suis (dans ce qu'est devenu le
sionisme, pas dans ce qu'était l'idéal de Herzl) n'a pas été déçu par cet excellent travail d'archive et de témoignage. Couvrant la période de l'Affaire Dreyfus à nos jours, il analyse l'Histoire
des Juifs de France. Très intéressant, énervant parfois, stimulant toujours, il raconte comment ont été vécus la première guerre mondiale où nombre d'entre eux ont perdu la vie au front, pourquoi
le gouvernement du Front Populaire a été majoritairement soutenu par eux, comment la déportation et la mort de 75000 Français israélites a durablement marqué les Juifs Français, pour en arriver
jusqu'aux éléments plus contemporains, comme la judéophobie aujourd'hui ou la relation à Israël.
Justement, je voudrais vous faire partager mon sentiment sur deux points, partant du fait que la création de l'Etat d'Israël en 1948 constitue une rupture historique:
- il me paraît tout à fait normal que les Français de confession juive éprouvent un attachement à l'Etat hébreu. Mais il est clair qu'ils sont d'abord Français avant d'être
Juifs. Comme le dit très justement Jean Benguigui pour lui-même, Israël est un autre Etat que le sien et la solidarité qu'il témoigne ne saurait signifier l'identifiication
inconditionnelle. Or, de trop nombreuses personnes de confession juive donnent l'impression d'une confusion, que l'on suspecte chez des Français ayant des aïeux méditerranéens d'une autre
confession, mais que l'on a tendance à taire les concernant. Le communautarisme et le repli sur soi, en l'occurence sur un pays étranger, ne me paraît jamais une bonne chose, ni pour ceux qui en
sont les acteurs, et encore moins pour la perception qu'en a le reste de la population.
- de même, le manque de recul et la réaction systématiquement épidermique sont dangereux et risquent de donner du grain à moudre aux abjects judéophobes de tout poil. C'est pour
cela que la façon dont beaucoup ont réagi à la déclaration de De Gaulle en 1967 sur "le peuple sûr de lui et dominateur" ou ont accusé François Mitterrand d'être antisémite, pour compréhensibles
qu'elles puissent être, n'en sont pas moins inacceptables. Pour le premier cas, après l'attitude du général israélien Moshé Dayan pendant la Guerre des Six Jours et à la vue de la politique menée
par les gouvernements israéliens successifs depuis, la phrase de De Gaulle est justifiée. L'accuser, lui que les collabos français caricaturaient entre 40 et 44 comme "l'homme des Juifs" et qui a
mené au Proche-Orient une politique soucieuse des deux parties, comment peut-on ainsi le traîner dans la boue ? De même, dans le second cas, accueillir Mitterrand en 1993 aux célébrations en
hommage des morts de la Shoah aux cris de "Mitterrand à Vichy", c'est tout simplement inadmissible. Comme le dit Robert Badinter, dont le père a été déporté et n'est pas revenu des camps, il a eu
honte. Quand on sait qui est Mitterrand, son respect pour la culture juive, sa passion pour son Histoire, son amitié pour l'Etat d'Israël et ses actions pour les Juifs de France, on est confondu
devant tant d'indécence. Tout cela pour dire qu'un groupe de pression, quel qu'il soit, fait entendre sa voix de manière parfois bruyante et excessive. Mais ce n'est pas parce que l'Etat Français
s'est comporté en zélateur criminel de la barbarie nazie que les Français, Juifs ou non, doivent aujourd'hui se taire sur des situations intolérables que l'on ne peut que déplorer dans d'autres
endroits du globe.
Pour finir sur ce sujet, que des judéophobes se servent d'Israël pour appuyer leur loghorrée infâme, cela ne fait pas de doute. Mais l'antisionisme, qu'il soit le fait de Juifs ou de
non Juifs, ne saurait lui être comparé et renvoyé en miroir.
* Une initiative intéressante: le radar feu-rouge
Pour finir sur un ton plus léger, mais finalement également sérieux, peut-être avez-vous entedu parler de ça. Il s'agit d'une initiative d'une petite commune de Charente et de son maire,
qui se demandait comment faire pour que les automobilistes soient plus civiques et respectent mieux le code de la route.
Mais kessessé donc ? En fait, il s'agit d'un feu tricolore équipé d'un appareil mesurant à distance la vitesse. Qui n'a jamais été énervé par le positionnement d'un radar
automatique pile à l'endroit où l'automobiliste se transforme en couillon-vache à lait ? Qui a toujours le sentiment qu'on s'y prend rarement de la bonne façon, même si les campagnes de la
prévention routière ont amélioré leur efficacité ces dernières années ? Qui a parfois l'impression que comme dirait Dominique de Villepin dans sa phrase culte, "trop, c'est trop" ? Pour tous ceux
là, cette initiative offre une réponse: on te détecte, tu respecte la vitesse autorisée, le feu passe au vert ; tu es en infraction, le feu reste au rouge. Et ça peut durer longtemps...
Je trouve ça doublement intéressant. D'abord, parce que cela priviliégie la carotte (tu passes au feu sans avoir besoin de t'y arrêter) au détriment du bâton
(une amende salée, alors que le radar était d'ailleurs signalé...) ; et puis en plus, cela démontre que là comme ailleurs, si la répression est nécessaire (la sévérité a fait
baisser le nombre de tués sur la route), seule la prévention peut résoudre les problèmes sur le long terme (c'est par une éducation et un changement de comportement, comme Sam le
capitaine de soirée).
Je ne sais pas si ce dispositif est amené à se généraliser, ni si c'est faisable et/ou souhaitable. Mais je trouve très bien de réfléchir à des moyens d'action alternatifs qui montrent
"qu'en bas" aussi, on a des idées et qu'on peut être capable d'en faire bénéficier la collectivité.
A vos claviers, que pensez-vous de ces cinq revues d'actu ?
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