Dans ces "chroniques", je voudrais aborder deux points qui m'ont énervé récemment et auxquels j'ai donc décidé de consacrer un peu de temps.
La première question, c'est la énième loi sur l'immigration, son article sur les tests ADN
Vous en avez tous entendu parler: dans l'état actuel des choses, la loi Hortefeux prévoit le recours possible à des tests ADN pour vérifier la filiation d'immigrés. Cette disposition suscite de nombreuses réactions, du "il n'y a aucune question taboue" au "halte au totalitarisme". Pour tenter d'y voir plus clair, trois points rapides pour expliquer pourquoi, selon moi, c'est inacceptable:
* le plus choquant, c'est qu'on crée un précédent. Autrement dit, mélanger des choses qui n'ont rien à voir les unes avec les autres (le choix d'une politique d'immigration avec la science génétique) permettrait de mettre en évidence des fausses familles, des familles de complaisance. L'Etat irait donc jusqu'à faire appel à cette procédure pour définir l'orientation de sa politique migratoire !!! A partir de là, on peut imaginer tout et n'importe quoi... Je sais pas moi, mélanger les termes d'immigration et d'identité nationale dans un même ministère... Ah non, c'est vrai, ça c'est déjà fait...
* or, il n'y a pas de statistiques officielles et/ou fiables qui pourraient donner une estimation de ces "fraudes identitaires". Et c'est pour cette incertitude qu'on crée un dispositif si éloigné du droit commun puisque ces tests, pour n'importe quelle personne, ne sont normalement permis que sur décision judiciaire dans une affaire criminelle ou un problème de filiation (cf l'affaire Montand). Ceci s'apparente à une mesure discriminatoire envers ces immigrés, qui auront leur propre législation, ce qui rendrait cet amendement inconstitutionnel selon certains.
* enfin, ce qui suinte dans tout cela, c'est le soupçon et le préjugé qui se masquent derrière l'hypocrisie et les principes affichés. En fait, cela renforce dans les esprits l'équation immigré = fraudeur en puissance puisque même pour ce qui touche à la chair de sa chair, cet immigré est décidément suspect. Et qu'imagine-t-on ? Et si on retrouve finalement, après un test à la charge de l'immigré (qui dispose on le sait, en général, d'un patrimoine assujetti à l'impôt sur la fortune...), que Pierre n'est pas le fils de Paul mais d'un autre ? De fait, on légalise une intrusion scandaleuse dans l'intimité des familles, au risque de briser des vies humaines et de détruire des familles. Le "jeu" en vaut-il vraiment la chandelle ?
Encore une fois, une loi inutile, dangereuse et inadaptée. Ca va finir par devenir une habitude avec ce gouvernement... De plus, il prend les citoyens pour des idiots: cette loi plus générale sur l'immigration, dont l'article sur les tests ADN n'est qu'une petite partie, prétend globalement (que l'on soit d'accord ou non avec cette idée, c'est une autre question) durcir les conditions d'entrée et de séjour des immigrés, en privilégiant l'immigration de travail sur l'immigration familiale. Or, cet amendement Mariani est présenté comme le moyen d'accélérer les démarches pour les immigrés désirant bénéficier du regroupement familial. Il y a donc contradiction entre l'esprit réel de la loi, cadre restrictif, et le motif présenté comme argument par les défenseurs de cet article, aider les "honnêtes" pour que leur démarche soit moins longue et complexe.
Même amendé par le Sénat (frais à la charge de l'Etat et non du demandeur, recherche sur la mère et non le père), le problème reste entier. Le comité de consultation sur les questions éthiques s'est prononcé contre cet article, de même que des personnalités aussi diverses que Dominique de Villepin, François Hollande, Christine Boutin, Marie-George Buffet, Charles Pasqua, Elisabeth Guigou, François Bayrou, Josiane Balasko, Marc Lavoine, Akhénaton, Jeanne Moreau, le généticien Axel Kahn, le président de l'Union des Etudiants Juifs de France ou bien encore les représentants des trois grandes religions du Livre et de nombreuses associations. A quoi bon s'entêter, si ce n'est pour mettre de l'huile sur l'Hortefeux ?
Le second sujet, c'est à propos du livre de Lionel Jospin, L'impasse, et de son traitement médiatique et politique
* Pour situer le point de vue qui suit, il n'est pas inutile de savoir qu'il a été écrit par quelqu'un qui l'apprécie et le considère comme le meilleur premier ministre de la Vème Répubique, sous l'égide duquel un bilan économique et social conséquent a été établi: croissance soutenue et chute du chômage, CMU, 35 heures, PACS, APA, Congé paternité, loi sur la parité, jurisprudence sur le non cumul des mandats, suppression de la vignette automobile, TVA à 5,5 pour le bâtiment, politique judiciaire loin du "médiatisme Datiesque" actuel, police de proximité, mise en place de la réforme LMD, contrats de plan Etat-Région avec des projets sans précédent pour des territoires enclavés, professionnalisation des armées, j'en passe et j'en oublie...
* Revenons à l'actualité: Yoyo, Tristounet Ier, l'austère qui se marre, le coton-tige (surnom donné par Chirac), bref, Jospin a publié un livre, que je n'ai pas encore lu mais que je lirai, qui se veut une réflexion sur le proche passé et l'avenir. Evidemment, la plupart des médias n'en ont retenu que les critiques politiques et attaques personnelles contre Ségolène Royal, fustigeant le binz au PS. A titre personnel, autant je pense que beaucoup des critiques sur le fond adressées par l'ancien premier minsitre à sa ministre sont justifiées (poids de la sondomanie dans sa désignation, campagne sur les thèmes de l'adversaire non payante électoralement, improvisations nombreuses et manque de lisibilité des positions de la candidate sur certains points), autant les attaques "ad feminem" sont non pas mysogines mais inutilement blessantes (je cite, "une personnalité seconde de la vie politique", "une illusion", "une mystification").
* J'ai aussi entendu ce propos à l'encontre de Jospin: "il s'est planté en 2002 en ne se qualifiant même pas au second tour, est parti pour revenir et ne pas y parvenir, alors que Royal a réuni le record de voix jamais atteint par un candidat de gauche au deuxième tour (même par Mitterrand en 1981 et 1988)". On lui discute donc à la fois son manque de légitimité politique à critiquer un échec qui n'en serait pas vraiment un, et on lui rétorque: commence donc par faire ton autocritique avant de critiquer les autres. Sur le premier point, je suis en désaccord complet. C'est un homme d'expérience, qui a une vision et une réflexion construite, je ne vois pas au nom de quoi il devrait s'astreindre au silence ; bien au contraire, les pistes qu'il dégage peuvent être utiles pour ne pas rééditer en 2012, avec Ségolène Royal ou un autre candidat (revenu du FMI ???), les erreurs voire les fautes de 2007. Quant au second point, je le partage à moitié. C'est vrai qu'il semble lui être difficile de poser la question de sa responsabilité personnelle dans la défaite de 2002. Il a selon moi raison quand il dit que le manque de cohésion de la gauche plurielle sur sa fin de mandat et la multiplication absurde des candidatures sont la raison principale de l'échec. Mais si cela explique effectivement la non qualification au second tour, cela n'explique pas le score absolu du candidat du PS (16%), le plus bas à une présidentielle depuis 1969. On pourrait parler notamment des bourdes de sa campagne, du manque d'empathie en sa faveur, ou plus structurellement, des questionnements sur l'identité de la gauche réformiste ainsi que, sans doute encore plus significatif, de la fuite vers d'autres espaces politiques d'une bonne partie de son éléctorat naturel (populaire et ouvrier au FN, "intellectuel" et plus aisé à l'extrême gauche). A cela, Jospin répond que c'est aux autres et non à lui-même d'exercer ce "droit d'inventaire", qu'il a lui-même revendiqué sur le bilan de la gauche au pouvoir sous la présidence de François Mitterrand. Je pense personnellement que son autocritique, ou tout du moins l'analyse avec recul de ce qui s'est passé en 2002, rendrait plus crédible nombre des critiques valables qu'il fait à la campagne de 2007. Mais en tout cas, essayons de le juger sur pièces et non pas par amalgame médiatique.
Que pensez-vous de tout ça ? Kessavouzinspire ?
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