Pour commencer, rendons à César ce qui est à François. Cette formule du coup d'éclat permanent, je l'emprunte à François Hollande qui l'a employée pour décrire les premiers mois du mandat sarkozyste. C'est aussi une référence à un autre François, Mitterrand, qui a publié au milieu des années 1960 un pamphlet vigoureux (Le coup d'Etat permanent) contre les institutions de la Vème République organisées par le général De Gaulle.
Fermons la parenthèse historique, et revenons-en au présent. Sarkozy, donc, et ses débuts à l'Elysée. Pour la clarté du propos, j'ai séparé cet article en trois parties: le fond et les mesures, la forme et le style, et enfin les enseignements pour la gauche.
* La politique Sarkozy: la prestidigitation érigée en art de gouvernement
Gardons-nous de toute arrogance: il est loin le temps où nous avions la droite la plus bête du monde. Grâce à Sarkozy, elle est devenue plus puissante que jamais et, plus grave, plus efficace en termes électoraux (bien aidée il est vrai par la majorité des médias). Le tour de force répété du président consiste à faire passer nombre de régressions sociales en les présentant comme un mieux pour la collectivité, qui en est réduite à opiner par le biais des sondages.
Gardons-nous de toute arrogance: il est loin le temps où nous avions la droite la plus bête du monde. Grâce à Sarkozy, elle est devenue plus puissante que jamais et, plus grave, plus efficace en termes électoraux (bien aidée il est vrai par la majorité des médias).
Trois exemples:
Le "paquet fiscal", censé favoriser la croissance et l'emploi, consiste, à grand traits, à transférer du budget de l'Etat des milliards d'euros en faveur des citoyens les plus favorisés de ce pays, qui plus est de façon souvent hypocrite comme en témoigne le bouclier fiscal à 50%, invention ingénieuse pour vider de sa substance l'impôt sur la fortune tout en maintenant la coquille vide de l'ISF, symbole sur lequel la droite s'était cassée les dents en 1988. Qui peut croire qu'en abaissant ces impôts-là, la situation économique va repartir ? Qui croit qu'un peu de pouvoir d'achat en plus pour ces catégories-là va doper la consommation, alors que ce sont les couches moyennes et défavorisées qui utilisent leur suplus de revenu à la consommation, quand les premiers le placent, le font fructifier, ou le gardent dans un bas de laine ? C'est en effet une politique de la rente qui est menée, donner plus à ceux qui ont déjà plus. Je ne suis pas contre le fait de donner plus à ceux qui ont déjà plus, quand il s'agit de fiscalité sur le travail en contrepartie d'engagements sociaux. Mais le choix opéré par le gouvernement Fillon est celui de cadeaux fiscaux à une minorité, et non pas d'une fiscalité juste et efficace économiquement au profit du plus grand nombre, notamment ceux qui créent l'emploi, c'est-à-dire les entrepreneurs. Je ne reviens que très rapidement sur le "travailler plus pour gagner plus": j'ai vu un reportage sur TF1 (ce qui m'a agréablement surpris) qui montrait une salariée déçue après un entretien avec son employeur, expliquant qu'elle voulait travailler plus pour gagner plus: son patron lui avait répondu que les carnets de commande et la conjoncture économique étant ce qu'ils sont, ce n'est pas possible. Ou quand la gauche est plus réaliste que la droite sur le plan économique... Non, tout n'est pas possible: ce n'est pas l'employé qui choisit son temps de travail mais l'employeur. Je suis toujours scotché que ce slogan simpliste et erroné ait pu convaincre tant de gens.
Deuxième exemple, le service minimum, emblématique car marqueur idéologique alors que la gestion du dossier par le président a été fort pragmatique en coulisses. Trop souvent, les usagers subissent une gêne lors de conflits sociaux mais 1) en France, si on ne fait pas grève, on ne se fait pas entendre 2) le nombre de conflits, depuis la mise en place du dispositif de dialogue préalable, a considérablement diminué. En résumé, on fait une loi sur un problème qui commençait à être résolu par le dialogue, en stigmatisant une catégorie de personnes, en remettant en cause certains des principes qui font l'identité même du monde social français, tout ça parce qu'une large majorité d'entre nous ne veut pas être "emmerdée" par les grèves. Déjà, les principales "victimes" des grèves sont en général (mais pas seulement) ceux qui n'ont pas le choix: à Paris, les gens qui habitent en banlieue; en province, les gens qui n'ont pas de voiture. Les gens qui choisissent les transports en commun sont certes en augmentation, ce qui est très bien, mais demeurent minoritaires. Donc plutôt que d'emprunter les voies du dialogue, pourtant choisies par un certain François F. ministre du gouvrenement précédent, Notre Président sacrifie une fois encore à la démagogie et à l'éléctoralisme. Ca ne m'étonne même plus...
Troisème et dernier exemple, la dette. Ah, cette droite qui fustige la gauche "tax and spend", elle qui détient le record d'augmentation de la dette quand un certain Nicolas S. était ministre du budget dans le gouvernement Balladur... Et ceci alors que le seul moment depuis 1981 où le ratio dette/PIB s'est inversé, c'est entre 1997 et 2000, sous la houlette du couple Jospin à Matignon/Strauss-Kahn à Bercy. Notre Président a repoussé à 2012 sa promesse de baisser la dette, arguant qu'une dette momentanée peut soutenir l'actvité économique. Sur ce point, c'est exact, il n'y a pas une dette en général, il y a des dettes utiles (financer un projet d'infrastructure par exemple) et des dettes inutiles (au hasard, les frais de fonctionnement du conseil général des Hauts-de-Seine). Mais la dette sarkozyste, notamment pour financer des allègements fiscaux injustes et improductifs, est tout sauf une dette d'avenir. Elle revient à faire financer par la collectivité des privilèges pour quelques uns, pour un rendement économique très faible voire nul. Encore une fois, il ne s'agit pas de se conformer à une orthodoxie budgétaire bornée, qui place un 3% de déficit, chiffre arbitraire, comme la condition sine qua none d'une économie florissante. Mais 1) Notre Président renie un accord du gouvernement Français vis-à-vis de l'Europe, 3% en 2010, mais il n'en n'est plus à un reniement près, c'est un homme de paroles plus que de parole... 2) il fait peser sur les comptes de l'Etat une épée de Damoclès supplémentaire, qui servira d'alibi à ceux qui diront haro sur toute action budgétaire volontariste en termes social, comme une augmentation des salaires, une réforme de la protection sociale ou un rééquilibrage de son financement du capital vers le travail.
Certains l'appellent Magic Sarko, je serais tenté de le surnommer Sarcopperfield. Un magicien comme ça, même Claudia Schiffer elle connaît pas ! Son indéniable habileté et son intelligence des hommes et des situations l'aident grandement dans son entreprise. Mais aussi ouvert qu'il soit, il finira bien par refermer la porte sur un paysage socio-économique peu reluisant, pourvu que les Français veuillent bien enlever les oeillères qui semblent leur avoir couvert les yeux depuis le début de "l'état de grâce".
* La forme et le style: Speedy Gonzales et Lucky Luke, je cours et je communique plus vite que mon ombre
Mais il est partout ! Dort-il parfois ? Sans doute, mais c'est bien le seul moment où les caméras le laissent en paix. Qu'il soit actif, même hyper, c'est une bonne chose: je pense que les gens veulent d'un président qui agisse, qui mette la main à la pâte, qui prenne ses responsabilités et ne les évacue pas sur son gouvernement; rien à dire sur ce point. Mais pour le reste, un seul leitmotiv: CO-MMU-NI-QUER ! Penser ? Non, madame Lagarde, ministre des Finances, a dit à l'Assemblée que c'était pas bien, soit. CO-MU-NI-QUONS ! Sur tout et n'importe quoi, pourvu qu'on occupe le terrain. Sur les bonnes nouvelles, la libération des infirmières bulgares, comme sur le reste, l'absence d'interview du 14 juiller alors qu'un président n'a jamais été aussi présent. Sarkozy Gonzales et Lucky Nicolas a un objectif: que tout tourne autour de sa personne. C'est Jean-Claude Juncker, premier minsitre luxembourgeois, qui a proposé le nom de DSK pour le FMI ? Peu importe, il le soutient ostensiblement pour s'attribuer ensuite les mérites d'une élection souhaitable. C'est un passionné de vélo et il suit le Tour de France ? Pourquoi ne pas monter dans une voiture et faire des commentaires dignes du regretté Robert Chapatte, mais c'est qu'en plus c'est un expert cycliste... A ce rythme, je vais commencer à croire qu'il est dopé...
Au bout du compte, cette bougeotte, toute cette mousse, pour quel résultat: imposer une omniprésence médiatique ? C'est réussi. Expliquer et défendre sa politique ? J'en doute. C'est peut-être aussi ça le sarkozysme: on mène une politique qu'on explique, juste ce qu'il faut, et on assure par le spectacle et la CO-MU-NI-CA-TION l'assentiment de "l'opinion publique". Ingénieux ? C'est certain. Durable et efficace ? L'avenir le dira. Optimiste de nature, je tendrais à être pessimiste sur ce point. Dans le seul intérêt de l'idée que je me fais de ce que doit être la politique.
* Trois enseignements pour la gauche: ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire
Commençons par ce qu'il ne faut pas faire. L'affaire Jack Lang en est emblématique: pour une majorité de l'opinion, on a (à tort ou à raison, c'est pas le sujet) un président qui pratique l'ouverture pour l'intérêt du pays: réunir les compétences d'où qu'elles viennent; face à cela, le PS apparaît sectaire, enfermé dans une posture de refus. Ce n'est que très partiellement la réalité, mais passons: une attitude m'aurait parue simple, et elle a été évoquée par certains. Comme dans toute démocratie, quand on touche à la constitution, on réunit des gens de tous bords. Mais ces personnes n'engagent qu'elles-mêmes et non leur parti. Pour Jack Lang, c'est la même chose: agrégé de droit public, réfléchissant depuis longtemps sur le sujet, il a toutes les caractéristiques pour participer à cette commission. Mais sa participation n'engage que lui, en aucun cas une quelconque position collective du PS où les avis, comme à droite d'ailleurs, sont partagés. Au lieu de ça, on a joué un psychodrame spécifiquement français où les médias en rajoutent sur la "fuite des cerveaux" au PS (et à l'UMP, il n'y en a pas pour qu'on aille voir ailleurs ???) et où comme dans les contes, c'est le gentil qui gagne: Sarko Ier apparaît comme celui qui est ouvert et qui fait travailler ensemble des gens de sensibilités différentes. Bien joué l'artiste !
Commençons par . L'affaire Jack Lang en est emblématique: pour une majorité de l'opinion, on a (à tort ou à raison, c'est pas le sujet) un président qui pratique l'ouverture pour l'intérêt du pays: réunir les compétences d'où qu'elles viennent; face à cela, le PS apparaît sectaire, enfermé dans une posture de refus. Ce n'est que très partiellement la réalité, mais passons: une attitude m'aurait parue simple, et elle a été évoquée par certains. Comme dans toute démocratie, quand on touche à la constitution, on réunit des gens de tous bords. Mais ces personnes n'engagent qu'elles-mêmes et non leur parti. Pour Jack Lang, c'est la même chose: agrégé de droit public, réfléchissant depuis longtemps sur le sujet, il a toutes les caractéristiques pour participer à cette commission. Mais sa participation n'engage que lui, en aucun cas une quelconque position collective du PS où les avis, comme à droite d'ailleurs, sont partagés. Au lieu de ça, on a joué un psychodrame spécifiquement français où les médias en rajoutent sur la "fuite des cerveaux" au PS (et à l'UMP, il n'y en a pas pour qu'on aille voir ailleurs ???) et où comme dans les contes, c'est le gentil qui gagne: Sarko Ier apparaît comme celui qui est ouvert et qui fait travailler ensemble des gens de sensibilités différentes. Bien joué l'artiste !
Moins anecdotique et plus fondamentale, la ligne politique de Sarkozy me semble devoir rendre le PS enclin à éviter deux écueils dont je perçois déjà les prémisses: d'une part, une droitisation; d'autre part, une gauchisation. D'une façon générale, je ne crois pas que le problème premier du PS réside dans sa perception idéologique par les Français. Je pense qu'il est majoritairement perçu par une bonne part des gens comme le principal parti d'oppostion, à la gauche du MODEM et à la droite du PC, ce qu'il est et qu'il doit rester. Pas de droitisation disais-je. Oui, trop souvent les vociférations rénovatrices me donnent l'impression d'être des reniements déguisés. Quand j'entends Manuel Valls, que j'apprécie par ailleurs pour d'autres raisons, reprendre quasiment le discours sarkozyste sur le "travailler plus" et sur les 35 heures, je me dis: ou bien il n'a qu'à suivre les Besson et autres Bockel, ou bien il introduit le ver dans la pomme PS, ver qui la fera pourrir. Le PS peut et doit être fier de ses valeurs, qui sont d'avenir (l'efficacité économique au service de la justice sociale, l'égalité, la laïcité, le progrès, l'internationalisme et la fraternité notamment), et ce n'est pas en adoptant celles des autres qu'il regagnera la confiance d'une majorité de Français. Pas plus qu'il n'a perdu parce qu'il n'a pas été assez à gauche, le PS n'a pas perdu parce qu'il n'a pas été assez à droite. L'accroissement des inégalités au pays de Blair, les reniements du SPD allemand et la puissance sans précédent de l'idéologie néolibérale doivent servir de garde-fous à des tentations droitières illusoires à cout terme et suicidaires sur le long terme. Mais l'avenir n'est pas non plus dans une gauchisation. Au moment où le PCF est à son plus bas niveau historique (qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore) et où l'extrême gauche est plus divisée que jamais, adopter une posture pseudo-marxisante serait une erreur. Le PS ne doit pas se couper d'un dialogue critique et constructif avec les altermondialistes et le spectre politique situé à sa gauche, mais il ne doit devenir ni son otage ni son bégayeur. Leurs critiques, souvent fondées, ne débouchent pas toujours sur un projet cohérent ou des mesures applicables. Quand c'est le cas, le PS doit intégrer dans son programme et sa politique gouvernementale quand il reviendra au pouvoir des éléments venus de sa gauche. Mais à son plus haut, ce courant politique ne pèsera jamais plus de 10 à 15% des voix. Avec un PS entre 20 et 30%, tant sur le plan électoral qu'idéologique, l'avenir ne saurait se trouver de ce côté-là. Et avec un MODEM recentré, il faut étudier sans a priori, ni dans un sens ni dans l'autre, l'alliance avec Bayrou. Mais ce n'est pas au PS à faire le premier pas. C'est au béarnais de montrer qu'il saura, le cas échéant, préférer une social-démocratie transformatrice et juste à un libéralisme autoritaire, inégalitaire et clanique.
Dernier point tiré du présent sarkozien, ce qu'il faut faire. Au risque de paraître cynique, une question me paraît importante: les assises sociales. La droite récompense sans vergogne ses clientèles électorales traditionnelles (hauts revenus, artisans et commerçants) et parvient à rallier les suffrages de bon nombre des membres des couches moyennes et populaires. Face à cela, la gauche prêche (et elle a raison, car le plus souvent possible, c'est une règle éthique) "l'intérêt général". On peut citer comme illustration de cela le choix du gouvernement Jospin de baisser toutes les tranches de l'impôt sur le revenu car il n'est pas illogique de faire profiter à tous les fruits du travail de tous (en ciblant bien entendu les plus fortes baisses sur les tranches inférieures et les plus basses sur les tranches supérieures), ou bien encore la logique du gagnant-gagnant promue par Ségolène Royal, les entreprises étant les premières bénéficiaires d'une amélioration de l'emploi et des conditions de vie des employés. Mais face à un clientélisme sarkozyste assumé, fort mal dissimulé par le "président de tous les Français", j'en suis venu à penser que la gauche doit elle aussi récompenser et "soigner" ses clientèles électorales, notamment les cadres supérieurs, les fonctionnaires et les salariés. Cela ne veut pas dire qu'il faille renoncer à la philosophie de l'intérêt général, qui n'est jamais la somme des intérêts particuliers, mais cela signifie que si, de manière générale, le sarkozysme n'est pas à copier, il est (comme à toute règle) des exceptions à assumer. Celle de l'achèvement de la reconquête des milieux populaires et le fait de défendre plus ostensiblement les catégories fidèles à la gauche, au PS en particulier, ne me semble ni honteuse ni indigne. Elle est plutôt nécessaire pour assurer sur le long terme une assise sociale durable à la gauche, sans pour autant renier le fait que la gauche doit agir dans l'intérêt du pays. Les principes éthiques et généreux n'ont jamais été nécéssairement contraires à la stratégie politique et aux réflexions sociales.
J'attends vos contributions au débat sur ces trois points. D'accord, pas d'accord: DE-BA-TTONS (et pas dans les roues...) !!!
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