Lundi 12 janvier 2009

 














* "L'attaque israélienne à Gaza: silence, on tue"

--) Cela fait plusieurs semaines que l'offensive israélienne sur Gaza a commencé. Présenté comme une guerre contre le Hamas, c'est en réalité tout un peuple qu'elle endeuille, plus d'1,5 millions de personnes enfermées dans un territoire confetti, qui vit sous occupation au mépris du droit international depuis plus de quarante ans. Que peut-on dire de cet énième étape du conflit israélo-palestinien ?


- l'injustifiable offensive militaire

Tout d'abord, rien ne justifie de s'en prendre ainsi à Gaza. L'argumentation est connue et elle a pris figure de syllogisme: le Hamas envoie des roquettes sur le sud d'Israël, qui tuent des civils et entretiennent la peur dans la population israélienne ; Israël doit donc se défendre contre cette agression ; le seul moyen pour lui de mettre fin à ces tirs de roquettes est de mettre hors d'état de nuire ceux qui en sont les auteurs. Le raisonnement a été tenu au Liban contre le Hezbollah, avec le succès que l'on sait pour Israël (rapport israélien de la commission Winograd) et surtout pour les victimes civiles libanaises. Ce raisonnement, criminel sur le terrain, ne tient pas sur le fond.

On peut ne pas partager l'idéologie qui est celle du Hamas, ce qui est mon cas. On peut préférer les nationalistes laïcs du Fatah, ce qui est mon cas. Mais force est de constater que l'Autorité Palestinienne est discréditée, acceptant tout d'Israël et des Occidentaux, ne recevant rien en retour, si ce n'est la souffrance accrue de son peuple. Quant au Hamas, c'est avant tout le représentant démocratiquement élu lors d'élections libres, mis à l'écart sous prétexte qu'il ne serait pas un interlocuteur valable. Mais il a tout de même signé la trêve avec l'Etat qui occupe son territoire ! Il l'a respectée jusqu'à ce que le voisin la viole par des incursions terrestres. Il va même jusqu'à s'aligner sur les revendications de ceux que l'on considère comme "modérés", à savoir la perspective d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967 telles que prévues par l'ONU.

Par ailleurs, Israël a beau jeu aujourd'hui de chercher à "éradiquer" le mouvement qu'elle a contribué à favoriser hier. Elle a aidé à son installation dans les années 1980 pour affaiblir l'OLP. Elle a légitimé l'Initifada par ses violations quotidiennes des accords de paix. Sa logique du chaos ne fait que renforcer la radicalité. Elle continue aujourd'hui de démonétiser une Autorité palestinienne qui n'a plus d'autorité que le nom, qui ne gouverne pas un territoire morcelé et non continu où la colonisation continue. Même l'initiative unilatérale d'Ariel Sharon d'évacuer les colonies de Gaza s'est en réalité traduite par un renforcement de la colonisation en Cisjordanie occupée.

Dans ce contexte, qui peut penser que l'offensive militaire n'aboutira pas au renforcement de ceux qu'Israël prétend combattre ? Même dans l'hypothèse où le Hamas serait affaibli, à quel prix: des centaines de morts civils, un territoire sous asphyxie humanitaire d'après les ONG sur place et surtout, une politique qui ne fait que renforcer les extrémistes qui contestent non pas la colonisation mais l'existence même de l'Etat hébreu. Si ces jusqu'auboutistes "disparaissent", d'autres prendront leur place tant que le statu quo territorial demeurera. Drôle de stratégie de sécurité...

- l'inacceptable interdiction faite aux journalistes d'exercer leur métier

Une autre stratégie mise en place par les autorités de Tel-Aviv est d'interdire l'accès à la bande de Gaza aux journalistes. J'ignore le pourquoi de cette décision mais dans tous les cas, il n'incite pas à l'optimisme. Que cache ce choix ? L'utilisation de bombes au phosphore, accréditée par les observateurs de l'ONU ? L'absence d'images pour rendre compte des bavures, comme celle qui a amené à la tuerie de l'école où s'étaient réfugiés femmes et enfants ?

En tous les cas, le cantonnement des journalistes internationaux dans les villes israéliennes de Sderot et Ashkelon permet surtout à l'Armée israélienne de ne distiller que les images qu'elle souhaite. On peut comprendre qu'elle ne souhaite pas faire autrement. On ne peut en revanche admettre que les autorités politiques de l'Etat d'Israël laissent faire cette situation et acceptent cela. Les journalistes, à Gaza comme ailleurs, doivent pouvoir avoir accès aux zones de conflit afin de rendre compte de la réalité des événements qui s'y déroulent.

- l'impossible mise sur un pied d'égalité des protagonistes

Au-delà des faits eux-mêmes, il est intéressant de voir comment les médias relatent le conflit au Proche-Orient. Le proverbe dit que "comparaison n'est pas raison", et il s'applique parfaitement dans ce cas.

Bien sûr que la peur qui anime les citoyens israéliens qui vivent sous la menace de roquettes est compréhensible. Bien entendu, on peut comprendre l'émotion que cette menace suscite dans le reste du pays. Mais enfin, comparer leur situation à la vie du cimetière à ciel ouvert gazaoui est indécent. D'un côté, une Armée parmi les plus puissantes au monde, équipée par la première puissance mondiale, qui agit à sa guise sans que les médiations internationales ne parviennent à imposer un cessez-le-feu. De l'autre, un peuple qui vit toujours sans Etat, dont les "frères" arabes impuissants, complices ou actifs selon les cas, ne peuvent que déplorer l'indifférence internationale, ou du moins son inefficacité. Cela ne justifie pas n'importe quelle réaction face à l'occupation mais tant que celle-ci perdurera, il se trouvera des gens pour en trouver prétexte et appeler à la destruction de l'Etat voisin.

Cette différence structurelle entre les forces en présence a pour corollaire la volonté exprimée par certains de plaquer une grille de lecture religieuse sur un conflit de nature politique. Là où Israël défend l'existence de l'Etat juif, le Hamas dit vouloir construire un Etat basé sur des règles religieuses. Mais parmi les Palestiniens, ceux qui sont les plus critiques sont souvent des Chrétiens: ainsi, l'évêque de Béthleem Mgr Sabbah, n'a pas de mots assez durs pour condamner le sort fait à son peuple. De même, en Israël, tout le monde n'est heureusement pas sur la même ligne belliciste: le mouvement "La paix maintenant" et les ONG qui luttent contre la colonisation ont le courage de s'opposer aux intégristes juifs et au Likoud. Ce ne sont pas des religions qui s'opposent, même si le différend comporte une dimension religieuse avec le statut de la Ville Sainte. C'est bel et bien la lutte politique d'un peuple pour l'existence de son Etat dont il est privé depuis 1948.

Précisément, pour saisir les enjeux de ce conflit à Gaza, il faut garder à l'esprit l'importance du contexte intérieur en Israël. Les prochaines élections où vont s'opposer la droite extrême de Netanyahou, le centre-droit de Livni et le centre-gauche de Barak entraînent une surenchère sur le thème "plus sécuritaire que moi tu meurs". Si ce raisonnement n'est pas surprenant de la part du Likoud, en revanche, la gauche israélienne, du moins le parti travailliste, a gravement oublié la leçon de Rabin. Ils perpétuent la colonisation et contribuent au discrédit du Fatah au profit du Hamas. Pourtant, au moment de l'espoir d'Oslo, les signataires de l'époque n'étaient pas des pacifictes de toujours. Le général Rabin était un des plus hauts gradés de l'Armée israélienne et Yasser Arafat avait combattu l'arme à la main celui qui était alors "l'ennemi sioniste". Pour autant, ils avaient tous les deux compris que la seule issue valable au conflit est diplomatique, basée sur des paramètres connus: l'existence côte à côte de deux Etats sur la base des frontières de 1967, c'est-à-dire une souveraineté palestinienne sur tout juste le quart de la Palestine historique.

On voit donc que les modérés et les extrémistes ne sont pas toujours ceux qu'on croit. La Ligue Arabe a proposé en 2002 puis réaffirmé depuis sa volonté de normaliser ses relations avec Israël contre la création d'un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Depuis, Israël occupe toujours la Cisjordanie et le plateau syrien du Golan, et vient de passer à l'offensive contre la population à Gaza. Vous avez dit deux poids deux mesures ?


--) Ce n'est donc pas une guerre au sens strict du terme qui se déroule à Gaza. Ce ne sont pas deux armées face à face mais un terrorisme d'Etat face à un terrorisme de résistance. Les israéliens ont droit à la sécurité. Les palestiniens ont droit à un Etat. Les israéliens ne vivront en sécurité que lorsque les palestiniens auront un Etat.

Il est difficile de savoir aujourd'hui ce qui ressortira de cet épisode de Gaza. Ce qui est sûr, c'est que l'effroyable situation humanitaire que subit la population palestinienne doit cesser. Et encore une fois, combien de temps faudra-t-il attendre pour qu'un dirigeant israélien de la trempe de Rabin se résolve enfin à faire le nécessaire afin que le conflit cesse ? Espérons que Barack Obama pèsera de tout son poids pour que la solution juste et viable soit enfin traduite dans les faits.  

Par Grutman
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